Tous les articles par Sébastien Chaume

Editorial du 13 septembre 2013

Wargame 1942 est un jeu de stratégie par navigateur internet. Dans le contexte de la seconde guerre mondiale, développez votre base et vos armées; partez à l’attaque ou établissez des alliances afin d’établir votre suprématie. Découvrez ce jeu!

Wargame 1942 est un jeu conçu par la société Playzo et proposé par Looki.

La société Playzo est un petit éditeur indépendant de jeux vidéos, installé à Darmstadt en Allemagne depuis une dizaine d’années, et qui compte une vingtaine de collaborateurs. Playzo est spécialisé dans les jeux en ligne sur navigateur, et a développé en particulier un jeu très populaire appelé Desert Operations. S’agissant de la période qui intéresse notre site (la seconde guerre mondiale pour ceux qui ne le sauraient pas encore), Playzo avait déjà sorti un premier jeu en 2006 qui s’appelait Warfare 1942. L’éditeur a remis le couvert et a lancé en janvier 2012 le jeu dont nous parlons aujourd’hui: Wargame 1942.

Wargame 1942 est distribué par le portail Looki, comme son grand frère Desert Operations. Looki est installé près de Nîmes; la société a été fondée en 2009 par deux associés, l’un Français, l’autre Allemand, mais ayant grandi en France. Elle a poussé comme un champignon grâce à la localisation et à la distribution de jeux de stratégie gratuits sur navigateur et compte aujourd’hui plus d’une centaine d’employés.

La première chose à faire est donc d’aller sur le site wargame1942.fr et de s’inscrire avec un pseudo, une adresse e-mail et un mot de passe. On peut alors se connecter et commencer à jouer immédiatement, après avoir choisi un serveur. Comme les serveurs proposés sont francophones, tout est en français dans le jeu. L’interface parait tout de suite assez simple et claire; tout se déroule sur un unique écran, avec une représentation de notre base en 2D isométrique au centre et un certain nombre de commandes autour. En bas, on remarque des canaux de discussion, au nombre de cinq (salon, taverne, débutants, alliances, commerce). Par défaut, les discussions affichées sont celles du canal des débutants; en fait, c’est le seul qui soit accessible au départ. Le canal des débutants est relativement actif, avec une moyenne de 30 personnes présentes. On peut donc se familiariser avec les mécanismes du jeu en discutant avec les autres joueurs.

On démarre alors le tuto. La carte centrale est bien vide, on possède une banque et un peu d’argent, et puis c’est à peu près tout. La première mission consiste à construire un centre de commandement, puis des usines, des habitations, des commerces. Ça ressemble surtout à SimCity, sauf que la construction des bâtiments prend du temps (disons 30 minutes au début) et qu’on ne peut construire qu’un bâtiment à la fois. Dès qu’un bâtiment est construit, il rapporte une somme fixe toutes les dix minutes. Ensuite, on peut placer l’argent à la banque pour obtenir aussi des intérêts, qui sont quant à eux versés deux fois par jour. La banque plafonne les dépôts et retraits. Plus tard dans le jeu, il faudra construire des extensions pour augmenter ces limites.

En-dehors du tutoriel à proprement parler, on dispose dans le jeu d’un wiki assez bien fait et assez complet, d’un support et d’une protection qui empêche toute attaque contre la base avant un certain niveau. Le tutoriel et le wiki ne sont pas exempts de fautes d’orthographe ou de syntaxe, mais rien qui gêne la compréhension. On progresse donc assez agréablement, et après avoir construit les bâtiments qui procurent de l’argent, on passe aux bâtiments qui génèrent des ressources: munitions, pétrole, or. Les deux premières ressources serviront logiquement à faire fonctionner les unités militaires (en plus d’un coût d’entretien payé en crédits), tandis que l’or sera utilisé pour payer les missions d’espionnage. Mais pour pouvoir mettre sur pied des unités militaires de plus en plus puissantes, on doit d’abord installer une université dans laquelle on recherche les technologies nécessaires; des bâtiments supplémentaires doivent ensuite être dédiés à la fabrication des espions, des défenses fixes et des différents types d’unités. Un centre de commerce vient compléter le tout, pour permettre à chacun d’acheter ou vendre les différences types de ressources et d’unités.

L’argent (les crédits) coule à flot dans le jeu, on n’est donc pas vraiment obligé de faire attention à la manière de se développer, et même on se retrouve rapidement avec des millions, puis des milliards, dont on ne sait pas vraiment quoi faire. En outre, tant qu’on n’a pas construit une armée conséquente, on n’a pas vraiment besoin d’argent, ni même de munitions ou de pétrole. On a le temps d’ailleurs pour construire cette armée, il y a peu de chance d’être attaqué, les petites proies ne sont pas très intéressantes.

En revanche, l’or n’est extrait qu’au compte goutte même en développant plusieurs mines; lorsque, plus tard, on commence à pouvoir sortir des unités espions, on s’aperçoit que leur utilisation coûte très cher en or. En conséquence, on ne pourra pas lancer plus d’une ou deux missions d’espionnage par jour. Vraisemblablement, il s’agit là d’un élément de gameplay: à partir d’un certain niveau, nous y revenons plus loin, il vaut mieux se méfier des défenses des adversaires avant de lancer une attaque contre une autre base, et donc envoyer des espions préalablement. Limiter l’espionnage revient à limiter les attaques, sauf pour les joueurs particulièrement téméraires.

Nous abordons dans l’article suivant le déroulement ultérieur du jeu et la suite de notre présentation.

Pour vous inscrire au jeu Wargame 1942, c’est ici: Wargame 1942.
Bon jeu!

Editorial du 6 septembre 2013

Paradox a sorti en 2011 un jeu en ligne, gratuit et sur navigateur, appelé Hearts Of Iron – The Card Game. Basé sur un système de cartes à échanger et à collectionner, HOI – TCG est un jeu de stratégie basé sur la seconde guerre mondiale.

Paradox Interactive a annoncé le 20 janvier 2011, lors de sa grande conférence annuelle, son intention de sortir dans les mois suivants son premier jeu de cartes à échanger en ligne. Hearts Of Iron – The Card Game est un jeu en ligne sur navigateur qui vous plonge dans la seconde guerre mondiale et vous permet de tester votre habileté de stratège face à des centaines d’autres joueurs. HOI-TCG est naturellement basé sur les précédents titres de la franchise Hearts Of Iron et représente une évolution de la série. Paradox a spécialement créé une filiale appelée Paradox Connect pour développer des jeux gratuits en ligne ainsi que du contenu supplémentaire pour ses titres existants, par exemple des récompenses et des bonus obtenus par les joueurs lorsqu’ils réussissent certaines missions ou réalisations. La franchise Hearts Of Iron représente un style de jeu assez austère; l’amener au format gratuit et en ligne devrait permettre de toucher une nouvelle audience et d’élargir la base des fans de la série.

Le jeu comporte plus de 140 cartes différentes élaborées avec soin; chaque carte comporte une authentique illustration d’époque en noir et blanc, et représente une unité ou une doctrine ayant réellement existé. Le joueur peut personnaliser sa “main” (“deck” comme on dit couramment depuis l’apparition de Magic), en utilisant un éditeur intégré au jeu, puis se confronter à des centaines de joueurs connectés à Paradox Connect. Le jeu est aussi historiquement véridique que possible, le joueur choisit les Alliés, le Komintern ou l’Axe, à travers des modes de jeu variés, qui représentent des expériences renouvelées, mais avec à chaque fois de vrais défis et qui nécessitent dans tous les cas la mise au point d’une stratégie élaborée. Dans Hearts Of Iron – The Card Game, il est toujours possible d’acheter, de vendre et d’échanger des cartes avec les autres joueurs afin d’obtenir la meilleure main possible, en tout cas celle qui convient le mieux à votre style de jeu.

Les cartes sont divisées en plusieurs catégories: les usines (elles fournissent les points nécessaires au déploiement des unités, avec un type d’usine par type d’unité), les unités, les grands chefs militaires, les tactiques de combat (qui nécessitent certaines unités pour être appliquées, et aussi pour être contrées), les événements, etc. La phase de combat se décline en trois étapes en fonction de la portée: artillerie, bataille, combat rapproché. Le jeu se limite toutefois aux unités terrestres et aériennes et au théâtre européen; le théâtre de la guerre du Pacifique n’est pas représenté, ni d’ailleurs les unités navales. Les trois factions permettent de trouver un bon équilibre à la manière du jeu “pierre-papier-ciseaux”: le Komintern dispose des unités les moins chères, l’Axe dispose des unités les plus puissantes et les Alliés disposent des unités les plus polyvalentes.

Le 6 août 2011, le jeu est entré dans sa phase de beta test fermée, et les joueurs ont commencé à s’affronter; les joueurs ayant pu participer à la bêta fermée ont obtenu trois cartes exclusives supplémentaires. En jouant et en obtenant des victoires, on obtient des paquets de cartes supplémentaires (“booster packs”) mais au-delà de la victoire, il est possible aussi de débloquer des distinctions obtenues en réussissant des exploits particuliers, afin de montrer à tous ce dont on est capable. Naturellement, il existe aussi un classement des meilleurs scores.

Bien sûr, le point fort de Hearts Of Iron – The Card game, c’est que Paradox Interactive est un éditeur spécialisé dans les simulations historiques les plus réalistes possibles. L’Histoire en général est une véritable passion pour de nombreuses personnes, et les jeux de Paradox ont une communauté vraiment incroyablement dévouée; il n’est que de voir la qualité des mods réalisés par les fans pour les jeux les plus populaires, comme Europa Universalis et Hearts Of Iron. En outre, la Seconde Guerre Mondiale a changé le destin de millions de personnes, elle est une fresque épique, une lutte titanesque qui continue à fasciner les foules; en conséquence, il y a toujours un public – certes exigeant – pour les jeux de qualité basés sur la Seconde Guerre Mondiale.

Dans la grande campagne au cœur de Hearts Of Iron I, II et III, le joueur prend les rênes de n’importe lequel des 160 pays présents sur la planète et le dirige de 1936 à 1947, en gérant à la fois l’espionnage, la recherche technologique, la gestion des ressources économiques et des productions, la diplomatie et bien sûr la mise sur pied et la conduite des unités militaires terrestres, navales et aériennes partout sur la planète, de la simple milice aux missiles nucléaires à longue portée. Le sentiment d’immersion et d’historicité est total et chaque partie représente des centaines d’heures de jeu. Il est donc préférable d’être un passionné d’histoire militaire pour se plonger dans ces titres, au demeurant pas très chatoyants à l’œil…

Le jeu est sorti en open bêta accessible à tous le 3 octobre 2011. Il fonctionnait correctement et il était bien noté par les critiques, car le gameplay était très bon. Il a obtenu une note de 14/20 autant pour la rédaction que pour les lecteurs de Jeuxvideo.com, et une note moyenne de 7,8/10 pour les lecteurs de Gamespot.com sur un total de 6 votes. Toutefois, le jeu n’a plus été développé ni soutenu à partir du mois d’août 2012, et les serveurs ont été fermés définitivement par Paradox le 3 octobre 2012, exactement un an après son lancement. Le jeu était bien sûr assez austère, disponible uniquement en anglais, et dépourvu de didacticiel. Malgré de grandes qualités, il est possible que de nombreux joueurs n’aient pas eu la patience de s’investir plus avant. En outre, seules les booster packs et les tickets pour participer aux compétitions étaient payants, à un prix d’ailleurs modique. Le jeu n’était donc vraisemblablement pas rentable. Enfin, il est sans doute dommage que le jeu n’ait pas bénéficié d’un portage vers les mobiles, les smartphones et les tablettes tactiles, il existe une demande énorme – et croissante – de jeux pour ces plateformes. En conclusion, l’échec de Hearts Of Iron – the Card Game est d’abord et avant tout l’échec de Paradox Connect, un outil qui a été abandonné par Paradox Interactive tout simplement parce que les joueurs n’en avaient pas besoin. Les simulations éditées par Paradox sont pointues et achetées par une communauté assez fermée de passionnés, essentiellement des hommes entre 30 et 50 ans, qui jouent finalement très peu en multijoueur. Ils se retrouvent sur les forums spécialisés et se moquent bien de l’interaction de leur jeu préféré avec les réseaux sociaux.

Le site du jeu a été purement et simplement détruit; lorsqu’on rentre son adresse sur internet:Hearts Of Iron – The Card Game, il n’y a même pas une page d’accueil avec une simple phrase pour expliquer que le jeu est annulé…
Le forum consacré au jeu sur le site de Paradox est encore lisible, mais il est lui aussi fermé depuis le 6 mars 2013.

Pz.Kpfw. 35(t)

Après la Première Guerre Mondiale, le nouvel Etat tchécoslovaque maintint une industrie de l’armement forte et dynamique, incluant la capacité de produire des chars légers et moyens. L’armée commanda notamment un premier char léger en 1934. Deux prototypes du nouveau char produit par Škoda, provisoirement nommé S-II-a, furent livrés en 1935. Toutefois, Škoda avait voulu réaliser un char moderne avec des techniques d’avant-garde; les nouveaux procédés n’étant pas éprouvés, les prototypes furent conçus avec trop de hâte. Victimes de nombreux dysfonctionnements, ils ne furent mis au point qu’après une longue série de modifications. La présérie entra donc en service progressivement, puis le char fut construit en grande série en 1936, devenant l’année suivante le char principal de l’armée tchécoslovaque. A cette époque, le char était similaire à ses homologues européens: le 7TP polonais, le Vickers 6-ton britannique, le M11/39 et le M13/40 italiens et les premières séries de Pz.Kpfw. III fabriquées par l’Allemagne. En 1938, le LT vz. 35 équipait quatre divisions rapides de l’armée tchécoslovaques.

Le char avait une réputation d’engin peu fiable qui lui collait encore à la peau à cause de sa conception trop rapide, mais en réalité les problèmes rencontrés au début avaient été résolus et le LT vz. 35 était un bon char. En outre, il n’était pas très cher à produire et coûtait environ 745.000 couronnes; lorsque les Allemands installèrent leur protectorat en Bohême-Moravie, ils adoptèrent un taux de 10:1 pour convertir les couronnes en Reichsmark. Bien sûr, ce taux était honteusement favorable aux Allemands, mais on peut considérer faute de mieux, que le LT vz. 35 valait 74.500 Reichsmark, à comparer au prix de son homologue, le Panzer III (96.000 Reichsmark).

Malgré la décision initiale prise par les autorités tchécoslovaques d’arrêter la production du LT vz. 35 en 1938, celle-ci fut poursuivie encore un an. La fabrication était répartie entre les usines Škoda de Pilsen (350 exemplaires) et les usines Ceskomoravska Kolben Danek (CKD) à Prague (84 exemplaires). Le LT vz. 35 fut donc produit à 434 exemplaires de 1935 à 1939, dont 298 pour l’armée tchécoslovaque et 126 pour l’armée roumaine, sous l’appellation Škoda R-2. La Roumanie passa sa commande le 14 août 1936, et les 15 premiers exemplaires furent reçus en avril-mai 1937, mais ils avaient été livrés en priorité et en conséquence faisaient partie de la présérie défectueuse. Ils furent retournés en Tchécoslovaquie pour être revus, mais comme en plus des nombreuses modifications nécessaires, les autorités roumaines interféraient de manière incessante avec leurs propres demandes, souvent contradictoires, le programme prit beaucoup de retard. Enfin, un exemplaire revu entièrement fut contrôlé par une commission roumaine et approuvé le 23 août 1938. La commande définitive fut livrée entre le 1er septembre 1938 et le 22 février 1939.

L’Afghanistan en commanda également dix en 1938, mais l’invasion de la Bohême-Moravie par les troupes allemandes le 15 mars 1939 eut pour conséquence la confiscation de tous les chars existants. 219 exemplaires du LT vz. 35 furent incorporés dans la Heer, les 79 exemplaires restant étant récupérés par le nouvel état slovaque contrôlé par l’Allemagne. Les 10 engins destinés à l’Afghanistan furent finalement envoyés en Bulgarie par l’occupant allemand, et prirent le nom de T-11. La production fut poursuivie quelques mois sous supervision allemande, et les usines Škoda et CKD furent incorporées au conglomérat des Hermann Goering Reichswerke.

Les 79 exemplaires fournis à la Slovaquie formèrent la 3ème division rapide de l’armée slovaque, qui fut plus tard engagée sur le front de l’est aux côtés de l’armée allemande. En Allemagne, les LT vz. 35 furent d’abord employés, à partir du 5 juin 1939, par la cavalerie sous le nom de LTM 35. Ils furent versés à la 1. Leichte Division. Par la suite, la 1. Leichte Division rejoignit l’arme blindée et devint la 6. Panzer-Division. Le 16 janvier 1940, les LTM 35 furent affectés à la Panzertruppe (l’arme blindée) sous la nouvelle désignation Panzerkampfwagen 35(t). La lettre t était l’initiale de tschechisch, c’est-à-dire tchèque en allemand. Ils furent équipés de deux radios, une radio FuG 5 de 10 watts de puissance en émission et en réception, et une radio FuG 2 en réception. Les Allemands rajoutèrent également un quatrième membre d’équipage en tant que chargeur, ce qui permettait d’améliorer la cadence de tir du canon. Au final, le Pz.Kpfw. 35(t) se révéla être un complément appréciable pour l’armé blindée allemande.

Les chars servirent en Pologne en 1939 et en France en 1940. Mais à partir de 1940, face au manque de pièces détachées disponibles, il fut décidé que la campagne de l’été 1941 serait leur dernière. De plus, les Panzer 35(t) se révélèrent totalement inadéquats en raison de la faiblesse de leur blindage et de leur armement face aux chars soviétiques. Au 31 novembre 1941, plus un seul n’était opérationnel, mais une trentaine étaient encore réparables, en cannibalisant les exemplaires irréparables pour les pièces détachées. Toutefois, les réparer ne servait pas à grand-chose, car ils étaient de toute façon bien incapables d’affronter les rigueurs de l’hiver russe. En conclusion, la 6. Panzer-Division fut entièrement ré-équipée en avril 1942 avec de nouveaux modèles de chars et les 26 Pz.Kpfw. 35(t) qui purent être remis en état furent vendus à la Roumanie. Sur les exemplaires irréparables, les caisses pouvaient encore être récupérées. On retira les tourelles et les mitrailleuses de caisse; les châssis furent ensuite transformés en véhicules de transport d’obus sous la désignation Artillerie Schlepper 35(t). D’autres châssis furent utilisés pour tracter des pièces d’artillerie sous la désignation Mörserzugmittel 35(t), avec une capacité de tractage de 12 tonnes.

Les chars R-2 livrés à la Roumanie en 1938 et 1939 entrèrent en service au sein de la 1ère division blindée roumaine. En conséquence, ils participèrent à l’invasion de l’Union Soviétique à partir du 2 juillet 1941, pour la reconquête de la Bessarabie et de la Bukovine d’abord, puis pour la prise d’Odessa. La 1ère division blindée fut retirée du front à la mi-octobre 1941, et réengagée seulement le 29 août 1942 pour la bataille de Stalingrad. A cette époque, elle possédait encore la plupart de ses chars. Cela n’allait pas durer. Lors de la contre-offensive soviétique menée à partir du 19 novembre 1942, elle réussit à échapper à l’encerclement, mais au prix de 77 chars irrémédiablement perdus. Un tiers d’entre eux a été détruit en combat, mais surtout une cinquantaine de chars est tombée en panne et a due être abandonnée. A la fin de la bataille de Stalingrad en février 1943, la division fut rapatriée; en 1943 et 1944, 63 chars R-2 restaient en service. Certains furent utilisés par les Roumains pour l’entraînement, d’autres participèrent aux combats contre les Allemands après l’armistice signé par la Roumanie avec l’Union Soviétique le 12 septembre 1944. Aucun ne semble-t-il n’a survécu à la guerre, les derniers ayant été détruits le 10 avril 1945 en Autriche.

Le char servit également en Slovaquie jusqu’en 1942; 21 exemplaires furent transformés par l’armée roumaine en chasseurs de chars TACAM R-2 avec un canon de 76,2 mm. La Bulgarie, en plus des 10 chars originellement destinés à l’Afghanistan et équipés de meilleurs canons Škoda A-7 livrés en 1939, reçut 26 de ces chars en 1940. Ils y restèrent en dotation jusque dans les années 50, servant à l’entraînement des équipages.

Le LT vz. 35 avait un blindage riveté. Il était armé d’un canon Škoda vz. 34 de 37,2 mm manié par le chef de char, et de deux mitrailleuses de 7,92 mm, une coaxiale et une sur la caisse. Le moteur se situait à l’arrière du char, avec la transmission à six vitesses; les roues arrière étaient motrices. Le tank était porté par huit roues sur quatre essieux, avec une roue libre à l’avant. Détail original, la transmission et la direction étaient assistées par air comprimé, ce qui facilitait la conduite. Cependant, ce mécanisme posa des problèmes quand les Pz.Kpfw. 35(t) furent déployés dans le froid extrême du front russe.

Équipage 4
Longueur 4,90 m
Largeur 2,16 m
Hauteur 2,21 m
Masse au combat 10,5 tonnes
Blindage 12 à 25 mm
Armement principal Canon Skoda vz 34 de 37,2 mm (72 coups)
Armement secondaire 2 mitrailleuses ZB 35 ou 37 (1 800 coups)
Moteur Moteur à essence Skoda EPA à six cylindres à refroidissement par eau
Puissance 120 ch (89 kW)
Suspension Ressort à lames
Vitesse sur route 40 km/h sur route
Puissance massique 11,43 ch/tonne
Autonomie 193 km

Editorial du 30 août 2013

L’étude des rythmes de production de matériel de guerre de l’Allemagne nazie par les forces alliées pendant la seconde guerre mondiale a donné lieu à la formalisation d’un fameux problème de probabilités.

Dans la théorie probabiliste, il existe un problème appelé le problème des chars allemands, ainsi appelé car ce problème a été formalisé durant la seconde guerre mondiale alors que les Alliés cherchaient à estimer les chiffres de production de chars de l’industrie allemande. Le problème consiste à estimer le nombre total d’individus dans une population de distribution uniforme et discrète, à partir d’échantillons sans remplacement. In extenso, on entend par distribution uniforme et discrète que tous les individus de la population peuvent être considérés comme des nombres entiers de même valeur; dans le cas d’une production de chars, cela se traduit que les chars sont construits un par un et l’un après l’autre. Le terme échantillon sans remplacement désigne quant à lui un échantillon où les individus sont uniques et ne peuvent pas se retrouver une deuxième fois ailleurs dans la population. Du point de vue des mathématiques, un tel problème peut être étudié soit par les méthodes de la statistique fréquentiste classique, soit par les méthodes de l’inférence bayésienne, avec des résultats divergents dans un cas ou dans l’autre. En outre, l’estimation pourrait être assez différente de la réalité si on doit se contenter de l’observation d’un seul échantillon; a contrario, l’estimation correspond mieux à la réalité si on a pu observer plusieurs échantillons.

Durant le cours de la seconde guerre mondiale, les services de renseignements des Anglais et des Américains redoublèrent d’efforts pour déterminer l’étendue de la production de matériel militaire en Allemagne. Le problème fut abordé sous deux aspects: la collecte de renseignements et l’estimation statistique. A de nombreuses reprises, les résultats obtenus par l’étude statistique furent de meilleure qualité que l’approche conventionnelle qui consistait à conjecturer à partir des observations transmises par les agents de renseignement. A certaines occasions, les deux méthodes furent utilisées conjointement, comme cela fut le cas pour l’estimation des chiffres de production du char Panther juste avant le débarquement en Normandie.

En 1943, seuls les Soviétiques avaient eu à combattre le char Panther, et bien qu’ils aient communiqué les informations en leur possession à l’état major du général Eisenhower, les Anglais et les Américains ne savaient pas trop si ce char représentait une menace ou non. C’est lors de la bataille d’Anzio en Italie (opération Shingle débutée le 22 janvier 1944) que les troupes alliées le découvrirent et durent l’affronter. Il fut immédiatement considéré comme un adversaire impressionnant, grâce à sa vitesse et sa puissance de feu. Toutefois, il fut jugé, à l’instar du Tigre I, que les Alliés avaient rencontré en Tunisie en petit nombre, que ce char ne pouvait vraisemblablement pas être fabriqué en grandes quantités; par conséquent, les troupes qui allaient débarquer en Normandie n’allaient en combattre que très peu. Le gros des forces blindées adverses serait constitué de Panzer III et de Panzer IV, auxquels le Sherman pourrait aisément faire face. Le Panther ne méritait donc pas d’être pris en considération plus avant. Toutefois, juste avant le débarquement, des rumeurs commencèrent à circuler, selon lesquelles de larges quantités de Panther étaient progressivement déployées dans les divisions blindées stationnées dans le nord-ouest de la France.

Les Alliés avaient besoin de s’assurer de la véracité de ces rumeurs; si jamais il fallait effectivement faire face à un nombre important de Panthers dès les premières heures du débarquement, celui-ci risquait d’échouer, car il n’y avait pas de matériel équivalent à opposer. Pour vérifier combien de chars leur seraient opposés, les Alliés tentèrent de déterminer au moins combien de chars avaient déjà été produits par les Allemands. Pour cela, ils utilisèrent les numéros de série récupérés sur les chars déjà détruits ou capturés en Italie. Principalement, il s’agissait des numéros de série des boîtes de vitesses, car ces numéros étaient composés de deux séquences de chiffres ininterrompues et aisément identifiables. Les numéros de série des moteurs et des châssis pouvaient éventuellement être utilisés également, bien que leur utilisation soit plus compliquée. Les numéros de série apparaissant sur d’autres éléments servaient à vérifier et valider les analyses faites sur les boîtes de vitesse. Les roues, en particulier, portaient des numéros qui se suivaient.

Roue de Panther Ausf. G de la 9. SS-Pz-Div. détruit à Bastogne

Roue de Panther, plus d’informations sur http://www.questmasters.us/panther.html

Roue de Panther Ausf. G de la 9. SS-Pz.Div. détruit à Bastogne

Roue de Panther, plus d’informations sur http://www.questmasters.us/panther.html

Les Alliés avaient capturé deux ou trois Panthers complets, ce qui représentait une centaine de roues à examiner. L’analyse de ces roues permit d’estimer le nombre de moules alors utilisés pour la production. En discutant avec des industriels anglais qui fabriquaient des roues similaires, il fut possible d’estimer le nombre de roues produites en considérant le nombre de roues qui pouvaient sortir de chaque moule, et partant de là, d’estimer combien de chars Panther sortaient des chaînes de production chaque mois. En conséquence, il semblait que 270 chars Panther avaient été produits au mois de février 1944. C’était bien plus que ce que les Alliés avaient supposé jusque là. Les archives allemandes retrouvées après-guerre montrèrent que le chiffre réel était de 276 chars Panther fabriqués ce mois-là. L’approche statistique s’était montré bien plus précise que les méthodes d’investigation classiques des services de renseignement, et l’expression “le problème des chars allemands” se répandit rapidement comme le symbole de ce genre d’analyste statistique. Au-delà de l’estimation de la production, l’étude approfondie des numéros de série permit de mieux comprendre l’organisation de la production allemande plus globalement, par exemple le nombre d’usines et leur importance relative les unes par rapport aux autres, la longueur de la chaîne logistique estimée en comparant le délai supposé entre la date de production et la date de versement aux unités combattantes, les changements intervenus dans la production, et l’usage des ressources stratégiques comme le caoutchouc.

En utilisant les mêmes méthodes statistiques pour analyser la production de modèles de chars antérieurs, il sembla qu’en moyenne entre juin 1940 et septembre 1942, les Allemands avaient produits 245 chars chaque mois. Cela devait s’avérer rigoureusement exact. Les chiffres saisis en Allemagne au ministère de l’armement après la guerre faisait état d’un chiffre de 246 chars par mois. Durant la guerre, en revanche, les services de renseignement avaient supposé que l’Allemagne produisait (pour la même période) entre 1 000 et 1 500 chars par mois.

L’analyse par la théorie des probabilités a été utilisée pour la production d’autres armements, en particulier les fusées V-2. Elle n’est pas l’apanage des Alliés pendant la seconde guerre mondiale; les Allemands étudièrent les numéros de série des armements soviétiques, et inversement les Soviétiques étudièrent les numéros de série des armements allemands. Pendant la guerre de Corée quelques années plus tard, les américains réutilisèrent ces méthodes pour déterminer la production soviétique. De nos jours, cette méthode est encore utilisée; il est toutefois possible de garder une certaine confidentialité sur les chiffres de production d’un article donné en cryptant les numéros de série. Il est alors nécessaire de garder la clé de cryptage suffisamment secrète tout en permettant son utilisation par un certain nombre de personnes (techniciens de maintenance ou de réparation essentiellement). L’utilisation du cryptage des numéros de série est donc assez contraignante et hasardeuse pour des articles de grande série.

Panzer II – Le Luchs – Les Conversions

Le modèle suivant fut l’Ausf. L, appelé aussi Luchs (lynx), et répertorié en tant que Sd.Kfz.123. 104 unités furent construites entre septembre 1943 et janvier 1944. Il se révéla être un excellent char de reconnaissance (concept appelé Panzerspähwagen). Il pesait 11,8 tonnes et était propulsé par un moteur Maybach HL 66 de 180 chevaux associé à une boîte de vitesses ZF Aphon SSG48. Le blindage tant à l’avant que sur les flancs était épais de 30mm. Sa vitesse maximale était de 60 km/h sur route et de 42 km/h en tout-terrain et son autonomie était de 290 km. Il était armé du 2cm KwK 38 L/55 avec 330 coups, et d’une mitrailleuse MG-34 avec 2 250 coups. Il était également équipé d’une radio FuG12 MW en réception et d’une radio FuG Spr. A de 80 watts en émission, avec intercom. L’équipage était désormais de quatre hommes, ce qui permettait au chef de char de se concentrer sur son rôle, d’autant plus qu’il disposait de son propre tourelleau. Les Luchs servirent sur le front de l’est et le front de l’ouest jusqu’à la fin de la guerre, au sein des Panzer-Aufklärung-Abteilungen des unités de la Heer et de la Waffen-SS.

Il y eut également un prototype appelé Leopard (VK1602), qui était dérivé du Luchs, mais armé d’un 5 cm KwK39. Il ne fut pas achevé. MAN avait déjà auparavant tenté de fabriquer un Pz.Kpfw. II avec une tourelle ouverte armée d’un 5 cm KwK39, en réutilisant les châssis de l’Ausf.H. 4 prototypes furent construits en août 1942 et furent nommés Ausf.M, mais il ne furent jamais mis en service.

Lorsque le Panzer II fut obsolète, les châssis encore en production furent équipés pour devenir différents types de véhicules. Une conversion notable est la fabrication de 180 (ou 155?) Flammpanzer II Flamingo ou Sd.Kfz. 122, basés sur le châssis des Ausf. D et Ausf. E. Ils furent produits (ou convertis pour 43 d’entre eux) entre janvier 1940 et août 1941 par Wegmann. Ils étaient équipés de la mitrailleuse MG34, mais avec une nouvelle tourelle munie de deux lance-flammes, chacun placé à un des coins avant de la tourelle et capable de couvrir 180° en azimut et 20° en élévation. Commandés à distance de l’intérieur du char, les lance-flammes étaient capables d’envoyer 80 jets de feu d’une durée de 2 à 3 secondes sur une distance de 25 m, grâce à un réservoir de fuel de 320 litres et quatre réservoirs d’azote sous pression placés sur les flancs du char dans des caisses blindées. Le blindage sur l’avant/les flancs/l’arrière était respectivement de 30mm/14,5mm/14,5mm pour la caisse et 30mm/20mm/20mm pour la tourelle. Les dimensions étaient légèrement différentes: un peu plus long (4,90m), un peu plus large (2,40m), mais un peu plus bas (1,85m). Les Flammpanzer embarquaient une radio FuG 2, et il existait deux variantes, soit l’Ausf.A et l’Ausf.B, car la suspension différait légèrement selon les modèles. Ils servirent pendant Barbarossa, au sein des Panzerabteilungen (F) 100 et 101, rattachés respectivement à la 18. et la 7. Panzerdivisionen.

Toutefois, comme leur blindage était nettement insuffisant, on donna l’ordre en décembre 1941 d’en convertir la plupart en chasseurs de chars, ainsi que la plupart des Panzer II encore en service et des châssis en production. Le résultat fut le Marder II, un des chasseurs de chars les plus efficaces de la Heer. La première version, portant la désignation Sd.Kfz. 132, utilisait les châssis à suspension Christie qui équipaient les Panzer II Ausf. D et Ausf. E, ainsi que les Flammenwerferpanzer Flamingo. Les T-34 et les KV-1 soviétiques devaient pouvoir être engagés à distance normale avec un véhicule possédant une bonne mobilité et une bonne puissance de feu. Les Panzerjäger I et les canons anti-tank tractés étaient inadéquats. Dans l’urgence, des canons anti-chars soviétiques de prise, 76,2 mm F22 modèle 1936, furent récupérés et fournis à Alkett et Wegmann. Les canons furent rechambrés pour accepter la munition PanzerGranate 40 alors en dotation dans l’armée allemande, et qui leur conférait une meilleure efficacité. 201 chasseurs de chars furent produits de cette manière, du début de 1942 au début de 1943. Leur appellation exacte était 7.62 cm PaK 36(r) auf Fahrgestell Panzerkampfwagen II Ausf. D/E. L’arme était installée dans un compartiment ouvert, ce qui lui permettait de conserver un débattement acceptable. Une plaque de 30 mm à l’avant et de 10 à 15 mm sur les côtés faisait office de bouclier, tandis qu’il n’y avait pas de toit ni de protection arrière. L’ensemble avait une silhouette haute de 2,60 m et laissait l’équipage à la fois très repérable et sans protection. Toutefois, le Marder II était redoutable en embuscade à cause de sa puissance de feu.

En janvier 1942, deux châssis furent utilisés et équipés du canon de 5cm PaK 38, sous l’appellation 5 cm PaK 38 auf Fahrgestell Panzerkampfwagen II. Toutefois, sa capacité de pénétration était insuffisante face au T-34. L’expérience fut abandonnée, et lorsque les canons de 7,5 cm devinrent disponibles en nombre et commencèrent à remplacer les PaK 38 de 50 mm, une deuxième version du Marder II fut fabriquée en grand nombre. Elle porta la désignation Sd.Kfz. 131. Cette version était principalement une conversion des Panzer II Ausf. A, Ausf. B et Ausf. C retirés du service, mais elle utilisa aussi les châssis Ausf. F qui avaient été produits. Tous les modèles étaient donc équipés du 7,5 cm Pak 40 qui commença à équiper la Heer en avril 1942. FAMO, MAN et Daimler-Benz convertirent 576 Panzer II entre juin 1942 et juin 1943, puis FAMO convertit encore 75 Panzer II des dernières séries entre juin 1943 et le début de 1944. Le compartiment de combat était un peu plus large et un peu plus bas de 40 cm (soit 2,20m). Leur appellation était 7.5 cm PaK 40 auf Fahrgestell Panzerkampfwagen II.

Les Panzer II furent également convertis en canons automoteurs, selon deux modèles différents. Le premier modèle fut appelé 15 cm schwere Infanterie Geschütz 33 auf Fahrgestell Panzerkampfwagen II (Selbstfahrlafette), abrégé en Sturmpanzer II Bison. Il accueillait un mortier d’infanterie (howitzer) de 150 mm dans un compartiment ouvert semblable à celui du Marder II, qui lui permettait un débattement de +/- 5° en azimut. Le bouclier avait une épaisseur de seulement 15 mm, et l’engin pesait 11,2 t. Un premier prototype avait été élaboré par Alkett en février 1941 avec le châssis de l’Ausf.B, mais comme le canon était trop lourd, un nouveau châssis allongé de 60 cm et élargi de 32 cm fut extrapolé de celui de l’Ausf.B, avec une sixième roue de route. De larges trappes furent ajoutées à la plate-forme arrière pour mieux refroidir le moteur fourni par Bussing-NAG. 12 engins furent construits et mis en service dans l’Afrika Korps en décembre 1941. Après le développement du Bison, Alkett conçut une version pour le montage de l’obusier de 10,5 cm leichte Feldhaubitze 18/2, sous le nom de Wespe (la guêpe). Le Panzer II s’avéra être un châssis efficace pour cette arme et il fut largement produit. Entre février 1943 et juin 1944, 683 exemplaires furent construits par FAMO dans son usine de Varsovie, plus encore 158 véhicules de transport de munitions construits sur le même châssis. Le Wespe servit avec les forces allemandes sur tous les fronts.

D’autres transformations furent effectuées:
- le Brückenleger auf Panzerkampfwagen II : char porte-pont
- le Leichte Feldhaubitze 18 auf Fahrgestell Panzerkampfwagen II ou Wespe: canon automoteur
- le Munitionsselbstfahrlafette auf Fahrgestell Panzerkampfwagen II : transport de munitions
- le Panzerkampfwagen II mit Schwimmkörper : version amphibie destinée à l’invasion du Royaume-uni (opération Seelöwe)
- le Bergepanzerwagen auf Panzerkampfwagen II Ausf. J : véhicule de dépannage et de remorquage

Editorial du 23 août 2013

Ubisoft ressuscite Panzer General et lance Panzer General Online, un jeu gratuit sur navigateur

Les amateurs de blindés et de jeux vidéo de stratégie se souviennent encore aujourd’hui d’un jeu extraordinaire, Panzer General, qui fut édité en 1994 par SSI (Strategic Simulations Inc.). Ce jeu fut la cause de bien des nuits blanches, pour moi comme pour bien d’autres personnes. Panzer General était un jeu vidéo de stratégie en tour par tour qui proposait 38 scénarios portant sur la seconde guerre mondiale, de l’invasion de la Pologne (1939) à la chute de Berlin (1945), et surtout cinq campagnes où le joueur incarnait un général allemand de l’Axe : Pologne (1939), Afrique du Nord (1941), Barbarossa (1941), Italie (1943), Kharkov (1943); en fonction des performances du joueur, ces campagnes pouvaient déboucher sur des scénarios fictifs. En particulier, si le joueur réussissait toutes les missions historiques qui lui incombaient, il se voyait proposer d’envahir le Royaume-Uni, puis les Etats-Unis.

La carte en 2D représentait des territoires à l’échelle d’une région ou d’un pays. Elle était divisée en hexagones, chacun représentant un type de terrain (forêt, rivière, ville, désert, montagne, etc.). Le joueur voyait la carte dans son intégralité, mais en revanche, il ne connaissait que les unités ennemies à proximité des siennes. Le résultat du scénario dépendait de la valeur des objectifs atteints à la fin du nombre de tours imparti. Toutes les catégories d’armes pouvaient être utilisées: infanterie, blindés, artillerie, aviation, marine, etc. L’arsenal des différentes nations était fidèlement représenté, à travers une silhouette et des caractéristiques propres à chaque unité: déplacement, carburant, munitions, initiative, portée de repérage des ennemis, portée de tir, expérience, force, niveau de retranchement, capacités d’attaque contre différents types d’adversaires, capacités de défense face aux différents types d’attaque. Le type de terrain apportait des modifications de valeur en attaque, déplacement et défense, et d’ailleurs les conditions météorologiques pouvaient évoluer, apportant elles aussi des modifications aux valeurs d’attaque, de défense et de déplacement. Naturellement, il fallait faire preuve d’un bon sens tactique et savoir combiner l’utilisation des différents types d’unité pour combiner. Le fait que l’ennemi soit caché incitait à la prudence; le nombre limité de tours incitait à l’audace. Bref, Panzer General, comme tout bon jeu de stratégie, était un jeu facile à comprendre et difficile à maîtriser. D’ailleurs, le jeu n’était pas un jeu de grande stratégie à proprement parler; le joueur incarnait une sorte de général en chef, et seulement cela. Il n’avait donc pas accès à la recherche technologique, aux choix politiques ou diplomatiques, ni à la gestion des ressources. A la place, un système où il gagnait (ou perdait) du prestige en fonction de ses résultats, les nouvelles unités à créer coûtant un nombre plus ou moins important de points de prestige.

Le jeu ayant eu un énorme succès, a eu plusieurs suites; aujourd’hui encore, une simple recherche sur Google permet de le trouver aisément en téléchargement gratuit sur des sites spécialisés qui proposent des jeux considérés comme étant tombés dans le domaine public. Ce n’est bien sûr pas strictement le cas, mais peu de gens paieraient pour un jeu vidéo sorti voici bientôt 20 ans, donc Panzer General fait partie de ces jeux dont, de facto, plus personne ne réclamera les droits. Il faudra un émulateur pour le faire fonctionner, mais là aussi c’est assez facile à trouver sur internet (DosBox).

La société de Joel Billings n’existe plus aujourd’hui, mais les actifs de l’entreprise ont fini dans l’escarcelle de Ubisoft il y a une dizaine d’années. Aujourd’hui Ubi n’exploite plus le label SSI, mais a décidé de ranimer la série, en confiant la réalisation de Panzer General Online à Funatics Software et à sa filiale Blue Byte. Blue Byte a depuis 25 ans créé des titres mythiques eux aussi: Battle Isle, The Settlers, etc. Après avoir été longtemps un studio de développement indépendant, basé à Dusseldorf, la société a finalement été rachetée pour devenir en quelque sorte “Ubisoft Allemagne”. De son côté, Funatics est une société créée en 1998 par des anciens de chez Blue Byte, qui ont étroitement collaboré à la série des Settlers, et qui ont également créé la série des Cultures, et différents jeux comme Paraworld (en freelance). Le projet est donc globalement dans de bonnes mains, chez des gens qui font de bons jeux de gestion/stratégie.

Panzer General Online a été annoncé il y a seulement quatre jours, il n’y a donc pas beaucoup d’informations disponibles à son sujet; la date de lancement de la beta fermée n’est pas connue (elle aura lieu cette année, ce qui est assez vague) mais on peut s’inscrire sur le site de Panzer General Online pour demander à y participer.

Le jeu sera un jeu de stratégie militaire en tour par tour très semblable à son ancêtre, mais il sera un jeu gratuit sur navigateur (sans téléchargement donc). Ainsi, la partie solo sera réduite à une sorte de gros tutoriel, qui comportera une campagne de l’axe basée sur le front de l’ouest, de la bataille de Normandie à la bataille des Ardennes, et une campagne alliée basée sur le front de Méditerranée, de la Sicile à Monte Cassino. La majeure partie du jeu se déroulera en multijoueurs, avec trois modes de jeu, actuellement appelés en anglais: Survival, Skirmish, Ranked Battle. Comme avant, on devra jouer finement en contrôlant de nombreuses unités lors de batailles inspirées de modèles historiques. Toutefois, on pourra collectionner des cartes d’unités d’élite et d’ordres spéciaux et les échanger, les acheter et les revendre, pour se constituer un “deck” original. Le joueur progressera par niveaux, en accumulant des crédits et des points d’expérience; il sera possible de conclure des alliances.

L’annonce a été assortie d’une cinématique de présentation, mais elle ne dévoile rien du gameplay: Vidéo youtube de présentation
Reste les quatre captures d’écran présentes sur le site du jeu, tout de même plus explicites.

Affaire à suivre

Panzer II – De l’Ausf. a à l’Ausf. J

En juillet 1934, les responsables allemands demandèrent à Krupp, MAN, Henschel et Daimler-Benz, d’étudier un char facile à produire, proche du Pz.Kpfw. I, mais armé d’un canon de 20 millimètres, le 2cm KwK 30 L/55, et d’une masse de dix tonnes. Comme pour le Pz.Kpfw. I, les prototypes utilisèrent une appellation de camouflage évoquant un tracteur agricole. Krupp présenta son projet en premier, mais en définitive une combinaison entre le châssis de MAN et la tourelle de Daimler-Benz fut retenue. Le nouveau char fut appelé Panzerkampfwagen II, abrégé en Pz.Kpfw. II; sa désignation dans la nomenclature du Heereswaffenamt était Sonderkraftfahrzeug 121, abrégé en Sd.Kfz. 121. Le premier prototype en acier doux fut construit et testé en octobre 1935, et dix prototypes furent alors commandés à MAN et Daimler-Benz, puis une présérie de 75 exemplaires dénommés Ausf. a fut produite de mai 1936 à février 1937, avec un moteur Maybach HL57TR et une boîte de vitesses fournie par Zahnradfabrik de Friedrichshafen (au demeurant, toutes les versions furent équipées d’une boîte de vitesses ZF).

Une autre présérie de 25 exemplaires dénommés logiquement Ausf. b fut alors fabriquée en février et mars 1937, avec un blindage additionnel pour la tourelle, une nouvelle suspension et un nouveau moteur plus puissant, le Maybach HL62TR. Une dernière modification majeure intervint avant la production en série et donna lieu à une dernière présérie de 25 exemplaires dénommés Ausf. c et fabriqués de mars à juillet 1937. Les trois couples de petites roues de routes furent remplacés par cinq grandes roues de route, toutes indépendantes, un galet de retour fut ajouté (soit quatre au total) et la longueur et la largeur de l’engin furent augmentées.

La production en série démarra en juillet 1937 et fut confiée à plusieurs fabricants: Alkett, FAMO, Daimler-Benz, Henschel, MAN, MIAG, et Wegmann. Les trois versions successives, Ausf. A, Ausf. B et Ausf. C, se différenciaient uniquement par des détails mineurs, et furent respectivement fabriquées de juillet 1937 à décembre 1937, de décembre 1937 à juin 1938 et de juin 1938 à avril 1940, pour un total de 1.088 exemplaires. Le canon de 2 cm KwK 30 L/55 avait une cadence de tir théorique de 280 coups par minute. Il était approvisionné par des chargeurs tambour de dix-huit coups, dont le char emportait généralement dix. Une mitrailleuse coaxiale MG-34 de 7,92 mm avec 17 bandes de 250 cartouches complétait l’armement. Celui-ci était monté dans une tourelle biplace permettant de pointer sur 360 ° d’azimut et -9 à +20 ° en site ; il utilisait une lunette de pointage TZF-4. En ce qui concerne la protection, l’Ausf. a était constitué de plaques de 13 millimètres, sauf pour le toit et le plancher, blindés respectivement à 8 et 5 millimètres. Dès l’Ausf. b, le toit fut renforcé à 10 et 12 mm, portant la masse de 7,6 à 7,9 tonnes. Puis sur l’Ausf. A, on porta les autres épaisseurs ainsi que le plancher à 14,5 mm. À partir de mai 1940, suite aux pertes provoquées par les fusils antichars polonais, on commença à ajouter des plaques supplémentaires de 20 mm. Ceci resta la norme jusqu’à 1941, jusqu’à l’arrivée de l’Ausf. F. La largeur des chenilles était de 30,5 cm, et le char était capable de franchir un obstacle vertical de 0,43 m, de gravir une pente de 50 % et de franchir un fossé de 1,72 m de large.

Les Pz.Kpfw. II Ausf. D et E furent conçus comme chars de cavalerie pour la poursuite et l’exploitation. Seule la tourelle était similaire à l’Ausf. C, le châssis étant entièrement différent avec une suspension de type Christie, un moteur Maybach HL62TRM et une nouvelle boîte de vitesse à sept rapports avant et trois rapports arrière. 43 furent produits de mai 1938 à août 1939 par MAN, l’Ausf. E ne se différenciant de l’Ausf. D que par quelques détails concernant la suspension. La suspension Christie permettait une vitesse sur route de 55 km/h, mais la vitesse tout-terrain était inférieure à celle des modèles précédents. En conséquence, la production de l’Ausf. D ne fut pas poursuivie, et les modèles existants, après avoir participé à la campagne de Pologne au sein des Leichte Divisionen, furent reconvertis en chasseurs de chars, canon automoteur, char lance-flammes, etc.

Les Panzer II étaient faiblement blindés, et ils ne pouvaient pas résister aux obus des blindés en dotation dans les armées françaises, anglaises et soviétiques. En fait, ils étaient même vulnérables aux fusils antichars de l’armée polonaise. Du point de vue offensif, de même, leur canon automatique de 20 mm ne pouvait pas percer le blindage des chars adverses. Toutefois, leur blindage les mettait à l’abri des armes légères et des éclats d’obus explosifs, et leur armement restait très efficace contre l’infanterie et les équipages de canons antichars. En outre, la présence de la radio leur permettait une bonne coordination sur le champ de bataille. Enfin, les Panzer II étaient peu coûteux à produire, et leur fiabilité ainsi que leur grande facilité d’entretien leur permettaient de rester disponibles en grand nombre. Pour toutes ces raisons, après une interruption d’un an, la production recommença en mars 1941 avec un nouveau modèle dénommé Ausf. F, qui bien qu’inutile contre la plupart des blindés soviétiques, devait se révéler efficace contre l’infanterie de l’Armée rouge lors de l’opération Barbarossa. Cette nouvelle version bénéficiait d’un blindage grandement amélioré par le montage d’une plaque épaisse de 35 mm sur le devant de la caisse et de plaques de 20 mm sur les flancs; la tourelle elle aussi avait maintenant un blindage de 30 mm. La suspension Christie était abandonnée, au profit d’une suspension renforcée inspirée de celle des premiers modèles à barre de torsion et quatre galets de retour, et un tourelleau pour le chef de char était aménagé. 524 exemplaires furent produits, puis le châssis fut utilisé pour la fabrication de canons automoteurs.

Par la suite, les Allemands essayèrent de nouveau de faire du Pz.Kpfw. II un char rapide de reconnaissance, en perfectionnant encore sa suspension; la suspension à barre de torsion bénéficia d’un système appelé Schachtellaufwerk, où les roues de route se chevauchent pour mieux répartir la pression au sol. Cette innovation permit de garantir une grande vitesse en tout-terrain, ce qui avait fait défaut à l’Ausf. D. Plus tard, le Schachtellaufwerk fut également utilisé pour la production des modèles Panther et Tiger, et expérimenté sur les Pz.Kpfw. III et IV. MAN fabriqua douze prototypes nommés Ausf. G/1, G/2 et G/3 ou VK901 entre avril 1941 et février 1942 en utilisant ce nouveau système, puis encore quatre châssis pour un modèle nommé Ausf. H, dont un seul prototype fut achevé en septembre 1942.

MAN produit également L’Ausf. J (VK1601) à 22 exemplaires de mars à décembre 1942, mais c’était un véhicule complètement différent. Il était petit mais très large, avec des chenilles larges pour un meilleur comportement sur terrain meuble, surtout à l’époque de la raspoutitsa sur le front de l’est. il possédait un bon blindage, 50 mm à l’avant et 30 mm sur les flancs. En revanche, comme son moteur était le même que précédemment, sa vitesse sur route était limitée à 31 km/h. Il était armé d’un canon automatique à tir rapide, le 2cm Panzerbüchse EW141, tout comme l’Ausf. G. Les 22 véhicules de la série rejoignirent les rangs de la 12.Panzerdivision et combattirent à Kursk.

Glossaire des termes allemands

VK

VK est un acronyme dont l’origine n’est pas clairement établie. Deux significations sont couramment avancées: les initiales de Versuchskonstruktion (modèle expérimental en allemand), ou celles de Vollkettenkraftfahrzeug (véhicule à moteur entièrement chenillé); toutefois, si on pense à la désignation des véhicules dans le service de l’armement de l’armée de terre (Heereswaffenamt), l’acronyme pour Sonderkraftfahrzeug (véhicule à moteur spécial, en fait tout véhicule accepté pour le service dans l’armée de terre) est Sd.Kfz., ce qui fait penser que l’acronyme pour Vollkettenkraftfahrzeug aurait dû être Vk.Kfz. En outre, Versuchs-konstruktion est composé de deux mots alors que Voll-ketten-kraft-fahr-zeug est composé de cinq mots. Il est donc plus naturel que l’acronyme désigne Versuchskonstruktion (la première lettre de chacun des deux mots). Enfin, “Versuch” (essai, expérimentation) est un terme courant dans le vocabulaire du Heereswaffenamt. Par exemple, on le retrouve dans le nom suivant: Wa.Prüf. 12 – Abteilung für Versuchsplätze. Wa.Prüf. est un acronyme pour Waffenamt Prüfwesen; l’ensemble signifie douzième bureau de tests du service de l’armement – Section pour les terrains d’essais. Il est donc plus vraisemblable que V signifie “Versuch”. Une signification différente est alors avancée: VK désignerait Versuchskraftfahrzeug, c’est-à-dire véhicule à moteur expérimental. Il est bien possible que cette supposition soit finalement la bonne. Certains sites utilisent même l’abréviation Vs.Kfz., sur le modèle de Sd.Kfz.

Panzer I – de 1940 à 1945

La fabrication de chars en Allemagne resta relativement modeste jusqu’au milieu de la Seconde Guerre Mondiale, et elle s’avéra chroniquement insuffisante en regard de l’ampleur des offensives entreprises. En conséquence, la Heer dut faire flèche de tout bois et compléter les formations avec tous les engins disponibles. Comme 1.500 chars de type Panzer I avaient été construits, ce modèle continua à être employé malgré son obsolescence.

Au printemps 1940, une trentaine de Panzer I participèrent à l’opération Weserübung contre le Danemark et la Norvège. Dans le même temps, près de 500 Panzer I, soit la presque totalité des engins opérationnels et disponibles, furent déployés pour l’invasion de la France, sur un total de 2.574 blindés. Les Français et les Britanniques alignaient un nombre de chars équivalent à celui des Allemands, et les modèles performants (Panzer III et Panzer IV d’un côté, Renault B1-Bis de l’autre) représentaient de part et d’autre environ 20% des effectifs. En outre, de la même manière que les Allemands possédaient encore environ 500 Panzer I, leurs homologues Français disposaient encore de 500 chars Renault FT-17 datant de la Première Guerre mondiale. Toutefois, les Allemands disposaient de plusieurs avantages décisifs qui leur permirent de vaincre rapidement leurs adversaires. L’analyse de cette question remplit aujourd’hui encore des ouvrages entiers, mais on peut citer un exemple en rapport direct avec notre étude: il existait une excellente coordination interarmes qui permettait notamment aux unités blindées de communiquer directement et instantanément par radio aux unités de l’aviation d’assaut les positions adverses à prendre sous leur feu à l’avant immédiat du front.

En février 1941, 25 Panzer I furent envoyés en Libye au sein de la 5. Leichte-Division, mais ils furent rapidement remplacés. En avril 1941, les Panzer I participèrent aussi à l’attaque de la Yougoslavie et de la Grèce, notamment dans la 5. Panzerdivision. Cependant, la plupart des Panzer I encore disponibles furent utilisés pour l’invasion de l’Union Soviétique le 22 juin 1941 (opération Barbarossa). Les Allemands disposaient de 3.300 chars dont 410 Panzer I. Au début de l’offensive, les Allemands ignoraient que les Soviétiques déployaient le KV-1 et le T-34. D’ailleurs, ils étaient relativement peu nombreux en regard de l’immensité du front et mal employés la plupart du temps; toutefois, leur présence créait progressivement une pression qui rendait impossible l’emploi au front des Panzer I, définitivement trop vulnérables. Ils furent donc ramenés à l’arrière et servirent à différentes missions: écolage et entrainement des conducteurs, lutte contre les partisans, amélioration de la logistique, etc. Certains furent par exemple utilisés pour dépanner et remorquer les camions de ravitaillement enlisés dans la boue.

Le Panzer I servit de base pour la fabrication de différents types de véhicules. Le châssis fut utilisé pour le premier char de commandement de l’armée allemande, le Kleiner Befehlspanzer I ou Sd.Kfz.265, conçu par Krupp et produit à 190 exemplaires (soit 6 à partir de l’Ausf.A et 184 à partir de l’Ausf.B) entre 1935 et 1937 par Daimler-Benz. La tourelle rotative était supprimée et remplacée par une haute casemate fixe afin d’accueillir deux radios, une radio Fu2 et une radio Fu6, et son opérateur en plus du conducteur et du chef de char. Une antenne en forme de cadre entourait la casemate pour améliorer la transmission. L’intérieur étant des plus étroits, le char ne disposait que d’une seule mitrailleuse qui était en outre souvent retirée. Ces blindés furent progressivement remplacés entre 1939 et 1942 par des véhicules plus adaptés. Un exemplaire est conservé aujourd’hui au Musée des blindés de Bovington. Quelques chars de commandements furent ensuite modifiés en ambulance armée, le Sanitätskraftwagen I auf Sd.Kfz.265.

Le châssis fut également utilisé sans la tourelle pour fournir le Munitionsschlepper I Ausf A ou Sd.Kfz.111, qui était un transporteur de munitions (ou autre). Sur le même principe, à partir de 1942, tous les exemplaires de Panzer I encore en service furent convertis en Munitionsschlepper auf Panzerkampfwagen Ia ou Ib (Sd.Kfz.111). Destiné à la lutte antiaérienne, le Flakpanzer I auf Sd.Kfz.101 fut produit à environ 24 exemplaires au début de l’année 1941 et servit au sein de la Flak-Abteilung 614. Obtenus par le remplacement de la tourelle du Panzer I par un 2cm Flak 38 L/112.5 ou par modification d’un Munitionschlepper I en y installant la pièce anti-aérienne, le châssis supportait mal le surpoids et le véhicule présentait ainsi de faibles performances. Quelques Panzer I furent également modifiés en chars anti-aériens armés de mitrailleuses lourdes 15mm MG 151/15 Drilling.
202 châssis de l’Ausf. B furent en outre transformés en 1940 et 1941 en chasseurs de chars sous le nom de 4.7cm PaK (t) (Sf) auf Panzerkampfwagen I Ausf. B ou 4.7cm PaK (t) (Sf) auf Sd.Kfz.101, abrégé en Panzerjäger I. La tourelle était remplacée par une casemate ouverte abritant un 4,7cm Pak 36 (t), quelques rares exemplaires étant équipés d’un 3,7cm Pak 35/36 ou d’un 3,7 cm Pak L/45 plus ancien. 38 autres châssis d’Ausf.B furent modifiés par Alkett en janvier et février 1940 pour créer une artillerie automotrice, le 15 cm sIG 33 (Sf) auf Panzerkampfwagen I Ausf B ou 15 cm sIG 33 (Sf) auf Sd.Kfz.101, souvent abrégé en Sturmpanzer I Bison. La tourelle était là aussi remplacée par une casemate ouverte, accueillant cette fois un obusier lourd 15cm sIG 33.

Des porteurs de charges explosives, les Ladungsleger auf Panzerkampfwagen I Ausf A or B, souvent appelés Ladungsleger I ou Zerstörerpanzer furent produits à 100 exemplaires en 1939 et 1940 par la conversion de châssis d’Ausf.A et B. Capables d’emporter 50Kg d’explosifs, ils servirent pendant la bataille de France et en URSS. Les ateliers de l’Afrika Korps transformèrent également des exemplaires de Panzer I Ausf. A en chars lance flammes Flammenwerfer auf PzKpfw I Ausf.A en l’équipant du Flammenwerfer 40. Il existe d’autres reconversions, moins courantes et parfois réalisées par les ateliers de campagne :
- le Pionier-Kampfwagen I (véhicule du génie)
- le Leichte Bergepanzer I (véhicule de dépannage léger)
- l’Instandsetzungstrupp I (transport de troupe et véhicule de dépannage)
- le Fahreschulewagen / Schulfahrzeuge I (véhicule d’entraînement)
- le Minenraumer I Ausf B (véhicule de déminage, 50 exemplaires produits en 1938)
- le Brückenleger I auf PzKpfw I Ausf A (poseur de pont léger, 2 exemplaires produits en 1939)
De leur côté, 511 tourelles de Panzer I furent réutilisées comme pièces d’artillerie sous casemate au sein de fortifications, comme le mur de l’Atlantique.

Enfin, trois autres véhicules de combat s’appelant Panzer I furent conçues et produits entre 1939 et 1942, mais ces chars n’avaient plus rien à voir avec les Ausf.A et Ausf.B en dehors du nom. Le premier de ces trois véhicules, le Panzer I Ausf.C, fut conçu (prototype VK601) conjointement par Krauss-Maffei et Daimler-Benz en 1939 pour créer un blindé léger de reconnaissance bien protégé. L’Ausf.C possédait un nouveau châssis, une nouvelle tourelle, une suspension moderne avec des barres de torsion et cinq roues de guidage des chenilles, ainsi qu’un moteur bien plus puissant, le Maybach HL 45 P développant 150 chevaux. Son blindage avait une épaisseur maximale de 30 mm, plus du double de celui des Ausf.A et Ausf.B, et il était équipé d’un canon automatique EW 141 de 20 mm. Six prototypes furent construits, puis sur les quarante exemplaires de présérie, deux furent déployés dans la 1.Panzerdivision en 1943 et les 38 autres furent utilisés durant la bataille de Normandie.

L’Ausf.D (VK602) était une version améliorée de l’Ausf.C, avec un moteur plus puissant, le Maybach HL 66 P de 180 CV, tandis que l’Ausf.F (VK1801) était destiné au soutien de l’infanterie. Il possédait un blindage maximal de 80 mm et pesait entre 18 et 21 tonnes. L’Ausf.F portait deux mitrailleuses MG-34 de 7,92 mm plus modernes que les MG-13 utilisées dans les versions précédentes. 30 véhicules de ce type furent produits en 1940 et une commande de 100 autres fut par la suite annulée. Comme sur l’Ausf.C, un moteur Maybach HL45 de 150 CV fut utilisé, mais le char étant plus lourd, il autorisait seulement une vitesse sur route de 25 km/h. Huit de ces chars furent déployés dans la 1.Panzerdivision en 1943 et participèrent à la bataille de Koursk. Le reste fut destiné à l’écolage et à l’entrainement des équipages. Quelques exemplaires ont peut-être également combattu dans d’autres secteurs du front de l’est et dans les Balkans.

Panzer I – de 1934 à 1939

A la suite du Leichttraktor, les autorités allemandes continuèrent leurs recherches devant conduire à la fabrication d’un char de combat sous le couvert d’un projet appelé Landwirtschaftlicher Schlepper (« Tracteur agricole ») ou La.S. Les Soviétiques, qui avaient acheté une chenillette Carden-Loyd de l’armée britannique, l’étudièrent conjointement avec les Allemands au camp de Kama, puis la leur cédèrent secrètement. Krupp s’en inspira largement et présenta en juillet 1932 un prototype largement similaire, le Landswerk Krupp A ou LKA avec un glacis incliné et une large casemate centrale. Le char était armé de deux mitrailleuses Dreyse MG-13 de7,92 mm (Maschinengewehr 13). Ces mitrailleuses étaient inefficaces même contre les chars les plus légers de l’époque, ce qui limitait dès le départ le Panzer I à un rôle d’entraînement et à des missions contre l’infanterie.

La casemate fixe de la version produite en masse du LKA fut remplacée par une tourelle rotative et sa construction fut confiée à un groupe comprenant les entreprises Henschel, MAN, Krupp, Daimler et Rheinmetall. Cette version entra en service après des tests en 1934. Même si ces chars continuèrent d’être appelés La.S. ou LKA bien après le début de leur production, leur désignation officielle, attribuée en 1938, était Panzerkampfwagen I Ausführung A (« véhicule de combat blindé I modèle A »). Les quinze premiers chars, produits entre février et mars 1934, ne possédaient pas de tourelle rotative et furent utilisés pour former les conducteurs. Le Panzer I avait un blindage limité au mieux à 13 mm, mais en outre, le char présentait plusieurs défauts de conception dont des problèmes de surchauffe du moteur et de suspension qui faisaient tanguer le véhicule à grande vitesse. Le conducteur était positionné à l’intérieur du châssis et utilisait des leviers de direction pour conduire le char tandis que le commandant, situé dans la tourelle, jouait également le rôle de tireur. Les deux hommes pouvaient communiquer avec des tubes acoustiques. Les munitions des mitrailleuses étaient stockées dans cinq casiers sous la forme de magasins de 25 cartouches. Environ 825 chars de ce type furent construits entre 1934 et 1936.

De nombreux problèmes rencontrés sur l’Ausf. A furent corrigés sur l’Ausf. B. Le moteur, auparavant refroidi à l’air, fut remplacé par un Maybach NL 38 TR à six cylindres refroidis à l’eau et développant 98 cv. Ce moteur plus massif imposa l’allongement du châssis de 40 cm, ce qui permit d’améliorer la suspension du blindé et d’ajouter une roue de guidage pour les chenilles. La boîte de vitesse originale fut également remplacée par un modèle plus fiable. Ces changements augmentèrent la masse du char de 400 kg. La production de l’Ausf. B commença en août 1935 et se termina au début de l’année 1937. Environ 675 chars de ce type furent construits entre 1935 et 1937, ce qui représente donc un total de 1.500 véhicules pour les deux versions.

Lorsque la guerre d’Espagne éclata en 1936, les Soviétiques décidèrent d’aider les Républicains, notamment en envoyant des chars légers T-26. Les Allemands et les Italiens décidèrent de leur côté de soutenir les Nationalistes, en envoyant respectivement des Panzer I et des chenillettes CV-33 et CV-35 (Carro Veloce 33 / Carro Veloce 35). Dès la fin du mois d’octobre 1936, les premiers matériels parvinrent sur place. Au total, entre octobre 1936 et janvier 1939, les Allemands acheminèrent sur place 122 Panzer I Ausf. B, sous le commandement du lieutenant-colonel Wilhelm Ritter Von Thoma (Wilhelm chevalier Von Thoma). Les blindés combattirent aux côtés des Nationalistes au sein du groupe Imker dès le 30 octobre 1936 et rencontrèrent immédiatement des difficultés face aux automitrailleuses soviétiques BA-10 déployées par les Républicains, car elles étaient armées d’un canon de 45 mm qui leur permettait d’engager leurs adversaires à une distance de 500 m, alors que les mitrailleuses des Panzer I ne pouvaient guère percer un blindage au-delà de 150 m.

Le Panzer I fut amélioré par les nationalistes espagnols pour accroître sa puissance de feu. Ils utilisèrent un excellent canon anti-aérien en dotation dans l’armée italienne depuis 1935, le Cannone-Mitragliera da 20/65 modello 35 fabriqué par Breda. L’arme était à la fois très simple d’utilisation et capable de percer 40 mm de blindage à 250 m de distance, ce qui était largement suffisant pour pénétrer le blindage frontal du char léger soviétique T-26, alors le principal opposant des Panzer I. Les prototypes furent finalisés en septembre 1937 et une commande fut passée quand les résultats furent jugés satisfaisants. L’installation du canon Breda à bord du Panzer I obligeait l’agrandissement de la tourelle avec une extension sur le sommet. La préparation de quatre de ces chars fut réalisée à l’usine d’armement de Séville mais la production de nouvelles unités fut annulée car le nombre de T-26 capturés était jugé suffisant et offrait un équivalent plus qu’acceptable aux Panzer I. En outre, la modification pour supporter le canon de 20 mm n’était pas très appréciée des équipages allemands car l’ouverture réalisée dans la tourelle pour permettre au canonnier de viser sa cible était considérée comme un point faible.

À la fin de l’année 1938, un autre Panzer I fut envoyé à l’usine d’armement de Séville pour recevoir un canon de 45 mm capturé sur un char soviétique. Un dernier blindé y fut enfin envoyé pour être équipé d’un canon antichar soviétique de 37 mm, capturé lui aussi. Vraisemblablement, la guerre civile arrivant à son terme, les modifications nécessaires ne furent en fin de compte pas réalisées.

À l’inverse, quelques exemplaires de Panzer I tombés aux mains des républicains furent rééquipés avec un canon antichar français Hotchkiss de 25mm.

A la suite de cela, les Panzer I participèrent à l’invasion de l’Autriche et de la Tchécoslovaquie, mais le nombre de pannes mécaniques rencontrées, touchant jusqu’à 30% des chars engagés, demeurait un problème préoccupant. Toutefois, bien que l’Allemagne ait commencé à fabriquer des chars de nouvelle génération, les capacités de production restaient très insuffisantes, et en conséquence, les Panzer I furent déployés en grand nombre pour l’invasion de la Pologne à partir du 1er septembre 1939. Sur environ 2.700 chars engagés, 850 étaient des Panzer I, soit environ un tiers. Les Panzer I avaient un blindage très mince et se révélèrent particulièrement vulnérables aux armes antichars polonaises. En outre, de nombreux chars furent immobilisés à cause de problèmes logistiques. Au final, 320 Panzer I furent mis hors de combat, mais comme la campagne fut brève et victorieuse, les Allemands purent récupérer sur le terrain les engins immobilisés et en réparer environ 230. 90 Panzer I furent définitivement perdus. Au 1er janvier 1940, il y avait encore environ 850 Panzer I en dotation dans l’armée allemande. Ceux-ci allait participer aux nouvelles campagnes de la Wehrmacht.