Editorial du 23 août 2013

Ubisoft ressuscite Panzer General et lance Panzer General Online, un jeu gratuit sur navigateur

Les amateurs de blindés et de jeux vidéo de stratégie se souviennent encore aujourd’hui d’un jeu extraordinaire, Panzer General, qui fut édité en 1994 par SSI (Strategic Simulations Inc.). Ce jeu fut la cause de bien des nuits blanches, pour moi comme pour bien d’autres personnes. Panzer General était un jeu vidéo de stratégie en tour par tour qui proposait 38 scénarios portant sur la seconde guerre mondiale, de l’invasion de la Pologne (1939) à la chute de Berlin (1945), et surtout cinq campagnes où le joueur incarnait un général allemand de l’Axe : Pologne (1939), Afrique du Nord (1941), Barbarossa (1941), Italie (1943), Kharkov (1943); en fonction des performances du joueur, ces campagnes pouvaient déboucher sur des scénarios fictifs. En particulier, si le joueur réussissait toutes les missions historiques qui lui incombaient, il se voyait proposer d’envahir le Royaume-Uni, puis les Etats-Unis.

La carte en 2D représentait des territoires à l’échelle d’une région ou d’un pays. Elle était divisée en hexagones, chacun représentant un type de terrain (forêt, rivière, ville, désert, montagne, etc.). Le joueur voyait la carte dans son intégralité, mais en revanche, il ne connaissait que les unités ennemies à proximité des siennes. Le résultat du scénario dépendait de la valeur des objectifs atteints à la fin du nombre de tours imparti. Toutes les catégories d’armes pouvaient être utilisées: infanterie, blindés, artillerie, aviation, marine, etc. L’arsenal des différentes nations était fidèlement représenté, à travers une silhouette et des caractéristiques propres à chaque unité: déplacement, carburant, munitions, initiative, portée de repérage des ennemis, portée de tir, expérience, force, niveau de retranchement, capacités d’attaque contre différents types d’adversaires, capacités de défense face aux différents types d’attaque. Le type de terrain apportait des modifications de valeur en attaque, déplacement et défense, et d’ailleurs les conditions météorologiques pouvaient évoluer, apportant elles aussi des modifications aux valeurs d’attaque, de défense et de déplacement. Naturellement, il fallait faire preuve d’un bon sens tactique et savoir combiner l’utilisation des différents types d’unité pour combiner. Le fait que l’ennemi soit caché incitait à la prudence; le nombre limité de tours incitait à l’audace. Bref, Panzer General, comme tout bon jeu de stratégie, était un jeu facile à comprendre et difficile à maîtriser. D’ailleurs, le jeu n’était pas un jeu de grande stratégie à proprement parler; le joueur incarnait une sorte de général en chef, et seulement cela. Il n’avait donc pas accès à la recherche technologique, aux choix politiques ou diplomatiques, ni à la gestion des ressources. A la place, un système où il gagnait (ou perdait) du prestige en fonction de ses résultats, les nouvelles unités à créer coûtant un nombre plus ou moins important de points de prestige.

Le jeu ayant eu un énorme succès, a eu plusieurs suites; aujourd’hui encore, une simple recherche sur Google permet de le trouver aisément en téléchargement gratuit sur des sites spécialisés qui proposent des jeux considérés comme étant tombés dans le domaine public. Ce n’est bien sûr pas strictement le cas, mais peu de gens paieraient pour un jeu vidéo sorti voici bientôt 20 ans, donc Panzer General fait partie de ces jeux dont, de facto, plus personne ne réclamera les droits. Il faudra un émulateur pour le faire fonctionner, mais là aussi c’est assez facile à trouver sur internet (DosBox).

La société de Joel Billings n’existe plus aujourd’hui, mais les actifs de l’entreprise ont fini dans l’escarcelle de Ubisoft il y a une dizaine d’années. Aujourd’hui Ubi n’exploite plus le label SSI, mais a décidé de ranimer la série, en confiant la réalisation de Panzer General Online à Funatics Software et à sa filiale Blue Byte. Blue Byte a depuis 25 ans créé des titres mythiques eux aussi: Battle Isle, The Settlers, etc. Après avoir été longtemps un studio de développement indépendant, basé à Dusseldorf, la société a finalement été rachetée pour devenir en quelque sorte “Ubisoft Allemagne”. De son côté, Funatics est une société créée en 1998 par des anciens de chez Blue Byte, qui ont étroitement collaboré à la série des Settlers, et qui ont également créé la série des Cultures, et différents jeux comme Paraworld (en freelance). Le projet est donc globalement dans de bonnes mains, chez des gens qui font de bons jeux de gestion/stratégie.

Panzer General Online a été annoncé il y a seulement quatre jours, il n’y a donc pas beaucoup d’informations disponibles à son sujet; la date de lancement de la beta fermée n’est pas connue (elle aura lieu cette année, ce qui est assez vague) mais on peut s’inscrire sur le site de Panzer General Online pour demander à y participer.

Le jeu sera un jeu de stratégie militaire en tour par tour très semblable à son ancêtre, mais il sera un jeu gratuit sur navigateur (sans téléchargement donc). Ainsi, la partie solo sera réduite à une sorte de gros tutoriel, qui comportera une campagne de l’axe basée sur le front de l’ouest, de la bataille de Normandie à la bataille des Ardennes, et une campagne alliée basée sur le front de Méditerranée, de la Sicile à Monte Cassino. La majeure partie du jeu se déroulera en multijoueurs, avec trois modes de jeu, actuellement appelés en anglais: Survival, Skirmish, Ranked Battle. Comme avant, on devra jouer finement en contrôlant de nombreuses unités lors de batailles inspirées de modèles historiques. Toutefois, on pourra collectionner des cartes d’unités d’élite et d’ordres spéciaux et les échanger, les acheter et les revendre, pour se constituer un “deck” original. Le joueur progressera par niveaux, en accumulant des crédits et des points d’expérience; il sera possible de conclure des alliances.

L’annonce a été assortie d’une cinématique de présentation, mais elle ne dévoile rien du gameplay: Vidéo youtube de présentation
Reste les quatre captures d’écran présentes sur le site du jeu, tout de même plus explicites.

Affaire à suivre

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