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Editorial du 20 septembre 2013

Panzer General Online a été présenté à la presse. La mauvaise nouvelle: ce jeu gratuit sur navigateur n’a pas grand-chose en commun avec Panzer General. La bonne nouvelle: le jeu est quand même difficile, passionnant et agréablement différent. Ubisoft pourrait bien réussir son pari.

Dans un précédent article, je parlais de l’annonce faite par Ubisoft de la sortie du jeu Panzer General Online. Evidemment, le coup de pub de Ubisoft fonctionne assez bien. Le prestige entourant Panzer General premier du nom est tel que tous les vieux briscards du wargame, les “Armchair Generals”, sont curieux de voir le résultat, et abordent PGO avec un a priori favorable. Mais d’un autre côté, ils s’attendent à retrouver un gameplay semblable à ce qui leur avait tant plu en 1994. Aussi bien le retour de bâton risque-t-il d’être rude pour Ubisoft.

Pourtant, cela ne devrait pas être le cas. Le jeu a été présenté successivement au Gamescom 2013 (le 21/08) et aux Ubisoft Digital Days à Paris (le 11/09). Panzer General Online est un jeu intéressant, à condition de le considérer comme un jeu de tactique au lieu d’un jeu de grande stratégie. Le joueur n’est donc pas un général en chef, mais plutôt un lieutenant.

Panzer General Online est un peu comme un jeu de société, et ressemble à ceci: trois rangées de seulement huit hexagones se trouvant sur une table en bois disposée dans la diagonale de l’écran. Le joueur dispose d’une poignée d’unités sur la moitié inférieure gauche de la table. En haut à droite se trouvent les positions ennemies – dirigées soit par l’IA soit par un autre joueur. Entre les deux camps, quelques cases autour d’une ligne de front qui servent au déplacement et au déploiement. Les unités avancent et lorsque finalement elles se font face sur la ligne de front, elles peuvent combattre directement. La portée de vue est réduite, et les cases arrière recouvertes d’un point d’interrogation représentent une zone de “brouillard de guerre”. Quelles unités peuvent bien se cacher là ? Un char ? Une artillerie automotrice ? Un canon antichar ? Un peloton de mitrailleuses ?

Les deux adversaires jouent désormais en alternance une carte de leur set. Il existe des cartes de commande assez simples, qui permettent de déplacer une unité, ou de la faire attaquer, ou encore de la remplacer par une autre. Cette dernière commande est importante, car elle permet d’éviter les affrontements les plus hasardeux. Par exemple, si une unité d’infanterie a découvert la position d’une artillerie adverse, cela pourrait valoir le coup de remplacer l’infanterie par les blindés pour attaquer cette position, et de réengager l’infanterie un peu plus tard.

Une fois que nous avons joué une carte, les troupes se déplacent en principe d’une case en avant, jusqu’à ce qu’elles arrivent sur la ligne de front et que les combats commencent. A ce moment-là, il n’y a plus des dizaines de facteurs à prendre en compte comme à l’époque de Panzer General, mais comme dans tout bon jeu gratuit sur navigateur qui se respecte, une logique pierre-papier-ciseaux basique et efficace: les tanks sont bons contre l’infanterie, mais craignent les canons antichars, qui à leur tour sont allergiques à l’infanterie.

En fait, comme le jeu d’échecs, Panzer General Online est facile d’accès, car basé sur des règles simples, mais très subtil et difficile à maîtriser. En effet, on est toujours à la merci d’une contre-attaque qu’on avait pas prévu, et il faut bien réfléchir avant de décider quoi faire avec quelles unités et dans quel ordre. D’ailleurs, chaque action coûte des points de commandement, et le premier des deux adversaires qui arrive à zéro perd. De la sorte, le joueur reste sous pression; dépenser tous ses points dans une attaque générale qui n’obtient pas de résultat décisif peut s’avérer fatal.

En outre, le résultat final est aussi une question de chance: l’artillerie peut balayer tout le terrain, mais elle peut aussi rater sa cible. C’est d’ailleurs le problème majeur dans l’équilibrage du jeu: le facteur chance est sur-pondéré. En jouant deux fois de suite la même bataille, on peut gagner haut la main une fois, et perdre honteusement quelques minutes après. Cela tient essentiellement à ce que l’ordre de bataille et le déploiement de départ sont établis au hasard par le serveur. On peut être très avantagé ou au contraire très handicapé par le type et le placement des unités. Le chef du projet, Marciano Loen, avoue que c’est un problème épineux, et que étrangement, il n’a pas été identifié par l’équipe de développement. Plus tard, il faudra peut-être envisager une phase de déploiement contrôlée par les joueurs.

De toute manière, on doit nuancer le propos. Bien que le hasard se fasse un peu trop sentir dans le jeu, on doit rappeler ce qui a été dit auparavant: gagner ou perdre est avant tout une histoire de tactique et de sens du jeu. Même dans une situation désavantageuse, choisir les bonnes cartes et les bonnes unités peut rétablir l’équilibre et favoriser la victoire.

En accumulant les parties, on gagne de l’expérience et des niveaux, et on a accès à de nouveaux types d’unités, avec lesquels on peut se construire un “deck” de plus en plus intéressant. Toutefois, avec Anno Online, lui aussi développé par Blue Byte, Ubisoft n’a pas su éviter la tentation de transformer son jeu en vache à lait: le joueur n’a aucun espoir de progression rapide dans le jeu, à moins de dépenser de véritables fortunes. Tout compte fait, Anno Online s’est vite révélé extrêmement ennuyeux à cause de cela.

Dans un prochain article, nous donnerons nos premières impressions sur la beta fermée qui vient d’être lancée. Espérons que le jeu sera vraiment aussi intéressant qu’il en a l’air, même quand on ne dépense pas d’argent pour les améliorations.

Remarque: cet article est pour l’essentiel une traduction d’un article de Martin Deppe paru sur gamespot.de, et lisible à cette adresse.

Editorial du 6 septembre 2013

Paradox a sorti en 2011 un jeu en ligne, gratuit et sur navigateur, appelé Hearts Of Iron – The Card Game. Basé sur un système de cartes à échanger et à collectionner, HOI – TCG est un jeu de stratégie basé sur la seconde guerre mondiale.

Paradox Interactive a annoncé le 20 janvier 2011, lors de sa grande conférence annuelle, son intention de sortir dans les mois suivants son premier jeu de cartes à échanger en ligne. Hearts Of Iron – The Card Game est un jeu en ligne sur navigateur qui vous plonge dans la seconde guerre mondiale et vous permet de tester votre habileté de stratège face à des centaines d’autres joueurs. HOI-TCG est naturellement basé sur les précédents titres de la franchise Hearts Of Iron et représente une évolution de la série. Paradox a spécialement créé une filiale appelée Paradox Connect pour développer des jeux gratuits en ligne ainsi que du contenu supplémentaire pour ses titres existants, par exemple des récompenses et des bonus obtenus par les joueurs lorsqu’ils réussissent certaines missions ou réalisations. La franchise Hearts Of Iron représente un style de jeu assez austère; l’amener au format gratuit et en ligne devrait permettre de toucher une nouvelle audience et d’élargir la base des fans de la série.

Le jeu comporte plus de 140 cartes différentes élaborées avec soin; chaque carte comporte une authentique illustration d’époque en noir et blanc, et représente une unité ou une doctrine ayant réellement existé. Le joueur peut personnaliser sa “main” (“deck” comme on dit couramment depuis l’apparition de Magic), en utilisant un éditeur intégré au jeu, puis se confronter à des centaines de joueurs connectés à Paradox Connect. Le jeu est aussi historiquement véridique que possible, le joueur choisit les Alliés, le Komintern ou l’Axe, à travers des modes de jeu variés, qui représentent des expériences renouvelées, mais avec à chaque fois de vrais défis et qui nécessitent dans tous les cas la mise au point d’une stratégie élaborée. Dans Hearts Of Iron – The Card Game, il est toujours possible d’acheter, de vendre et d’échanger des cartes avec les autres joueurs afin d’obtenir la meilleure main possible, en tout cas celle qui convient le mieux à votre style de jeu.

Les cartes sont divisées en plusieurs catégories: les usines (elles fournissent les points nécessaires au déploiement des unités, avec un type d’usine par type d’unité), les unités, les grands chefs militaires, les tactiques de combat (qui nécessitent certaines unités pour être appliquées, et aussi pour être contrées), les événements, etc. La phase de combat se décline en trois étapes en fonction de la portée: artillerie, bataille, combat rapproché. Le jeu se limite toutefois aux unités terrestres et aériennes et au théâtre européen; le théâtre de la guerre du Pacifique n’est pas représenté, ni d’ailleurs les unités navales. Les trois factions permettent de trouver un bon équilibre à la manière du jeu “pierre-papier-ciseaux”: le Komintern dispose des unités les moins chères, l’Axe dispose des unités les plus puissantes et les Alliés disposent des unités les plus polyvalentes.

Le 6 août 2011, le jeu est entré dans sa phase de beta test fermée, et les joueurs ont commencé à s’affronter; les joueurs ayant pu participer à la bêta fermée ont obtenu trois cartes exclusives supplémentaires. En jouant et en obtenant des victoires, on obtient des paquets de cartes supplémentaires (“booster packs”) mais au-delà de la victoire, il est possible aussi de débloquer des distinctions obtenues en réussissant des exploits particuliers, afin de montrer à tous ce dont on est capable. Naturellement, il existe aussi un classement des meilleurs scores.

Bien sûr, le point fort de Hearts Of Iron – The Card game, c’est que Paradox Interactive est un éditeur spécialisé dans les simulations historiques les plus réalistes possibles. L’Histoire en général est une véritable passion pour de nombreuses personnes, et les jeux de Paradox ont une communauté vraiment incroyablement dévouée; il n’est que de voir la qualité des mods réalisés par les fans pour les jeux les plus populaires, comme Europa Universalis et Hearts Of Iron. En outre, la Seconde Guerre Mondiale a changé le destin de millions de personnes, elle est une fresque épique, une lutte titanesque qui continue à fasciner les foules; en conséquence, il y a toujours un public – certes exigeant – pour les jeux de qualité basés sur la Seconde Guerre Mondiale.

Dans la grande campagne au cœur de Hearts Of Iron I, II et III, le joueur prend les rênes de n’importe lequel des 160 pays présents sur la planète et le dirige de 1936 à 1947, en gérant à la fois l’espionnage, la recherche technologique, la gestion des ressources économiques et des productions, la diplomatie et bien sûr la mise sur pied et la conduite des unités militaires terrestres, navales et aériennes partout sur la planète, de la simple milice aux missiles nucléaires à longue portée. Le sentiment d’immersion et d’historicité est total et chaque partie représente des centaines d’heures de jeu. Il est donc préférable d’être un passionné d’histoire militaire pour se plonger dans ces titres, au demeurant pas très chatoyants à l’œil…

Le jeu est sorti en open bêta accessible à tous le 3 octobre 2011. Il fonctionnait correctement et il était bien noté par les critiques, car le gameplay était très bon. Il a obtenu une note de 14/20 autant pour la rédaction que pour les lecteurs de Jeuxvideo.com, et une note moyenne de 7,8/10 pour les lecteurs de Gamespot.com sur un total de 6 votes. Toutefois, le jeu n’a plus été développé ni soutenu à partir du mois d’août 2012, et les serveurs ont été fermés définitivement par Paradox le 3 octobre 2012, exactement un an après son lancement. Le jeu était bien sûr assez austère, disponible uniquement en anglais, et dépourvu de didacticiel. Malgré de grandes qualités, il est possible que de nombreux joueurs n’aient pas eu la patience de s’investir plus avant. En outre, seules les booster packs et les tickets pour participer aux compétitions étaient payants, à un prix d’ailleurs modique. Le jeu n’était donc vraisemblablement pas rentable. Enfin, il est sans doute dommage que le jeu n’ait pas bénéficié d’un portage vers les mobiles, les smartphones et les tablettes tactiles, il existe une demande énorme – et croissante – de jeux pour ces plateformes. En conclusion, l’échec de Hearts Of Iron – the Card Game est d’abord et avant tout l’échec de Paradox Connect, un outil qui a été abandonné par Paradox Interactive tout simplement parce que les joueurs n’en avaient pas besoin. Les simulations éditées par Paradox sont pointues et achetées par une communauté assez fermée de passionnés, essentiellement des hommes entre 30 et 50 ans, qui jouent finalement très peu en multijoueur. Ils se retrouvent sur les forums spécialisés et se moquent bien de l’interaction de leur jeu préféré avec les réseaux sociaux.

Le site du jeu a été purement et simplement détruit; lorsqu’on rentre son adresse sur internet:Hearts Of Iron – The Card Game, il n’y a même pas une page d’accueil avec une simple phrase pour expliquer que le jeu est annulé…
Le forum consacré au jeu sur le site de Paradox est encore lisible, mais il est lui aussi fermé depuis le 6 mars 2013.