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Glossaire des termes allemands

VK

VK est un acronyme dont l’origine n’est pas clairement établie. Deux significations sont couramment avancées: les initiales de Versuchskonstruktion (modèle expérimental en allemand), ou celles de Vollkettenkraftfahrzeug (véhicule à moteur entièrement chenillé); toutefois, si on pense à la désignation des véhicules dans le service de l’armement de l’armée de terre (Heereswaffenamt), l’acronyme pour Sonderkraftfahrzeug (véhicule à moteur spécial, en fait tout véhicule accepté pour le service dans l’armée de terre) est Sd.Kfz., ce qui fait penser que l’acronyme pour Vollkettenkraftfahrzeug aurait dû être Vk.Kfz. En outre, Versuchs-konstruktion est composé de deux mots alors que Voll-ketten-kraft-fahr-zeug est composé de cinq mots. Il est donc plus naturel que l’acronyme désigne Versuchskonstruktion (la première lettre de chacun des deux mots). Enfin, “Versuch” (essai, expérimentation) est un terme courant dans le vocabulaire du Heereswaffenamt. Par exemple, on le retrouve dans le nom suivant: Wa.Prüf. 12 – Abteilung für Versuchsplätze. Wa.Prüf. est un acronyme pour Waffenamt Prüfwesen; l’ensemble signifie douzième bureau de tests du service de l’armement – Section pour les terrains d’essais. Il est donc plus vraisemblable que V signifie “Versuch”. Une signification différente est alors avancée: VK désignerait Versuchskraftfahrzeug, c’est-à-dire véhicule à moteur expérimental. Il est bien possible que cette supposition soit finalement la bonne. Certains sites utilisent même l’abréviation Vs.Kfz., sur le modèle de Sd.Kfz.

Panzer I – de 1940 à 1945

La fabrication de chars en Allemagne resta relativement modeste jusqu’au milieu de la Seconde Guerre Mondiale, et elle s’avéra chroniquement insuffisante en regard de l’ampleur des offensives entreprises. En conséquence, la Heer dut faire flèche de tout bois et compléter les formations avec tous les engins disponibles. Comme 1.500 chars de type Panzer I avaient été construits, ce modèle continua à être employé malgré son obsolescence.

Au printemps 1940, une trentaine de Panzer I participèrent à l’opération Weserübung contre le Danemark et la Norvège. Dans le même temps, près de 500 Panzer I, soit la presque totalité des engins opérationnels et disponibles, furent déployés pour l’invasion de la France, sur un total de 2.574 blindés. Les Français et les Britanniques alignaient un nombre de chars équivalent à celui des Allemands, et les modèles performants (Panzer III et Panzer IV d’un côté, Renault B1-Bis de l’autre) représentaient de part et d’autre environ 20% des effectifs. En outre, de la même manière que les Allemands possédaient encore environ 500 Panzer I, leurs homologues Français disposaient encore de 500 chars Renault FT-17 datant de la Première Guerre mondiale. Toutefois, les Allemands disposaient de plusieurs avantages décisifs qui leur permirent de vaincre rapidement leurs adversaires. L’analyse de cette question remplit aujourd’hui encore des ouvrages entiers, mais on peut citer un exemple en rapport direct avec notre étude: il existait une excellente coordination interarmes qui permettait notamment aux unités blindées de communiquer directement et instantanément par radio aux unités de l’aviation d’assaut les positions adverses à prendre sous leur feu à l’avant immédiat du front.

En février 1941, 25 Panzer I furent envoyés en Libye au sein de la 5. Leichte-Division, mais ils furent rapidement remplacés. En avril 1941, les Panzer I participèrent aussi à l’attaque de la Yougoslavie et de la Grèce, notamment dans la 5. Panzerdivision. Cependant, la plupart des Panzer I encore disponibles furent utilisés pour l’invasion de l’Union Soviétique le 22 juin 1941 (opération Barbarossa). Les Allemands disposaient de 3.300 chars dont 410 Panzer I. Au début de l’offensive, les Allemands ignoraient que les Soviétiques déployaient le KV-1 et le T-34. D’ailleurs, ils étaient relativement peu nombreux en regard de l’immensité du front et mal employés la plupart du temps; toutefois, leur présence créait progressivement une pression qui rendait impossible l’emploi au front des Panzer I, définitivement trop vulnérables. Ils furent donc ramenés à l’arrière et servirent à différentes missions: écolage et entrainement des conducteurs, lutte contre les partisans, amélioration de la logistique, etc. Certains furent par exemple utilisés pour dépanner et remorquer les camions de ravitaillement enlisés dans la boue.

Le Panzer I servit de base pour la fabrication de différents types de véhicules. Le châssis fut utilisé pour le premier char de commandement de l’armée allemande, le Kleiner Befehlspanzer I ou Sd.Kfz.265, conçu par Krupp et produit à 190 exemplaires (soit 6 à partir de l’Ausf.A et 184 à partir de l’Ausf.B) entre 1935 et 1937 par Daimler-Benz. La tourelle rotative était supprimée et remplacée par une haute casemate fixe afin d’accueillir deux radios, une radio Fu2 et une radio Fu6, et son opérateur en plus du conducteur et du chef de char. Une antenne en forme de cadre entourait la casemate pour améliorer la transmission. L’intérieur étant des plus étroits, le char ne disposait que d’une seule mitrailleuse qui était en outre souvent retirée. Ces blindés furent progressivement remplacés entre 1939 et 1942 par des véhicules plus adaptés. Un exemplaire est conservé aujourd’hui au Musée des blindés de Bovington. Quelques chars de commandements furent ensuite modifiés en ambulance armée, le Sanitätskraftwagen I auf Sd.Kfz.265.

Le châssis fut également utilisé sans la tourelle pour fournir le Munitionsschlepper I Ausf A ou Sd.Kfz.111, qui était un transporteur de munitions (ou autre). Sur le même principe, à partir de 1942, tous les exemplaires de Panzer I encore en service furent convertis en Munitionsschlepper auf Panzerkampfwagen Ia ou Ib (Sd.Kfz.111). Destiné à la lutte antiaérienne, le Flakpanzer I auf Sd.Kfz.101 fut produit à environ 24 exemplaires au début de l’année 1941 et servit au sein de la Flak-Abteilung 614. Obtenus par le remplacement de la tourelle du Panzer I par un 2cm Flak 38 L/112.5 ou par modification d’un Munitionschlepper I en y installant la pièce anti-aérienne, le châssis supportait mal le surpoids et le véhicule présentait ainsi de faibles performances. Quelques Panzer I furent également modifiés en chars anti-aériens armés de mitrailleuses lourdes 15mm MG 151/15 Drilling.
202 châssis de l’Ausf. B furent en outre transformés en 1940 et 1941 en chasseurs de chars sous le nom de 4.7cm PaK (t) (Sf) auf Panzerkampfwagen I Ausf. B ou 4.7cm PaK (t) (Sf) auf Sd.Kfz.101, abrégé en Panzerjäger I. La tourelle était remplacée par une casemate ouverte abritant un 4,7cm Pak 36 (t), quelques rares exemplaires étant équipés d’un 3,7cm Pak 35/36 ou d’un 3,7 cm Pak L/45 plus ancien. 38 autres châssis d’Ausf.B furent modifiés par Alkett en janvier et février 1940 pour créer une artillerie automotrice, le 15 cm sIG 33 (Sf) auf Panzerkampfwagen I Ausf B ou 15 cm sIG 33 (Sf) auf Sd.Kfz.101, souvent abrégé en Sturmpanzer I Bison. La tourelle était là aussi remplacée par une casemate ouverte, accueillant cette fois un obusier lourd 15cm sIG 33.

Des porteurs de charges explosives, les Ladungsleger auf Panzerkampfwagen I Ausf A or B, souvent appelés Ladungsleger I ou Zerstörerpanzer furent produits à 100 exemplaires en 1939 et 1940 par la conversion de châssis d’Ausf.A et B. Capables d’emporter 50Kg d’explosifs, ils servirent pendant la bataille de France et en URSS. Les ateliers de l’Afrika Korps transformèrent également des exemplaires de Panzer I Ausf. A en chars lance flammes Flammenwerfer auf PzKpfw I Ausf.A en l’équipant du Flammenwerfer 40. Il existe d’autres reconversions, moins courantes et parfois réalisées par les ateliers de campagne :
- le Pionier-Kampfwagen I (véhicule du génie)
- le Leichte Bergepanzer I (véhicule de dépannage léger)
- l’Instandsetzungstrupp I (transport de troupe et véhicule de dépannage)
- le Fahreschulewagen / Schulfahrzeuge I (véhicule d’entraînement)
- le Minenraumer I Ausf B (véhicule de déminage, 50 exemplaires produits en 1938)
- le Brückenleger I auf PzKpfw I Ausf A (poseur de pont léger, 2 exemplaires produits en 1939)
De leur côté, 511 tourelles de Panzer I furent réutilisées comme pièces d’artillerie sous casemate au sein de fortifications, comme le mur de l’Atlantique.

Enfin, trois autres véhicules de combat s’appelant Panzer I furent conçues et produits entre 1939 et 1942, mais ces chars n’avaient plus rien à voir avec les Ausf.A et Ausf.B en dehors du nom. Le premier de ces trois véhicules, le Panzer I Ausf.C, fut conçu (prototype VK601) conjointement par Krauss-Maffei et Daimler-Benz en 1939 pour créer un blindé léger de reconnaissance bien protégé. L’Ausf.C possédait un nouveau châssis, une nouvelle tourelle, une suspension moderne avec des barres de torsion et cinq roues de guidage des chenilles, ainsi qu’un moteur bien plus puissant, le Maybach HL 45 P développant 150 chevaux. Son blindage avait une épaisseur maximale de 30 mm, plus du double de celui des Ausf.A et Ausf.B, et il était équipé d’un canon automatique EW 141 de 20 mm. Six prototypes furent construits, puis sur les quarante exemplaires de présérie, deux furent déployés dans la 1.Panzerdivision en 1943 et les 38 autres furent utilisés durant la bataille de Normandie.

L’Ausf.D (VK602) était une version améliorée de l’Ausf.C, avec un moteur plus puissant, le Maybach HL 66 P de 180 CV, tandis que l’Ausf.F (VK1801) était destiné au soutien de l’infanterie. Il possédait un blindage maximal de 80 mm et pesait entre 18 et 21 tonnes. L’Ausf.F portait deux mitrailleuses MG-34 de 7,92 mm plus modernes que les MG-13 utilisées dans les versions précédentes. 30 véhicules de ce type furent produits en 1940 et une commande de 100 autres fut par la suite annulée. Comme sur l’Ausf.C, un moteur Maybach HL45 de 150 CV fut utilisé, mais le char étant plus lourd, il autorisait seulement une vitesse sur route de 25 km/h. Huit de ces chars furent déployés dans la 1.Panzerdivision en 1943 et participèrent à la bataille de Koursk. Le reste fut destiné à l’écolage et à l’entrainement des équipages. Quelques exemplaires ont peut-être également combattu dans d’autres secteurs du front de l’est et dans les Balkans.

Panzer I – de 1934 à 1939

A la suite du Leichttraktor, les autorités allemandes continuèrent leurs recherches devant conduire à la fabrication d’un char de combat sous le couvert d’un projet appelé Landwirtschaftlicher Schlepper (« Tracteur agricole ») ou La.S. Les Soviétiques, qui avaient acheté une chenillette Carden-Loyd de l’armée britannique, l’étudièrent conjointement avec les Allemands au camp de Kama, puis la leur cédèrent secrètement. Krupp s’en inspira largement et présenta en juillet 1932 un prototype largement similaire, le Landswerk Krupp A ou LKA avec un glacis incliné et une large casemate centrale. Le char était armé de deux mitrailleuses Dreyse MG-13 de7,92 mm (Maschinengewehr 13). Ces mitrailleuses étaient inefficaces même contre les chars les plus légers de l’époque, ce qui limitait dès le départ le Panzer I à un rôle d’entraînement et à des missions contre l’infanterie.

La casemate fixe de la version produite en masse du LKA fut remplacée par une tourelle rotative et sa construction fut confiée à un groupe comprenant les entreprises Henschel, MAN, Krupp, Daimler et Rheinmetall. Cette version entra en service après des tests en 1934. Même si ces chars continuèrent d’être appelés La.S. ou LKA bien après le début de leur production, leur désignation officielle, attribuée en 1938, était Panzerkampfwagen I Ausführung A (« véhicule de combat blindé I modèle A »). Les quinze premiers chars, produits entre février et mars 1934, ne possédaient pas de tourelle rotative et furent utilisés pour former les conducteurs. Le Panzer I avait un blindage limité au mieux à 13 mm, mais en outre, le char présentait plusieurs défauts de conception dont des problèmes de surchauffe du moteur et de suspension qui faisaient tanguer le véhicule à grande vitesse. Le conducteur était positionné à l’intérieur du châssis et utilisait des leviers de direction pour conduire le char tandis que le commandant, situé dans la tourelle, jouait également le rôle de tireur. Les deux hommes pouvaient communiquer avec des tubes acoustiques. Les munitions des mitrailleuses étaient stockées dans cinq casiers sous la forme de magasins de 25 cartouches. Environ 825 chars de ce type furent construits entre 1934 et 1936.

De nombreux problèmes rencontrés sur l’Ausf. A furent corrigés sur l’Ausf. B. Le moteur, auparavant refroidi à l’air, fut remplacé par un Maybach NL 38 TR à six cylindres refroidis à l’eau et développant 98 cv. Ce moteur plus massif imposa l’allongement du châssis de 40 cm, ce qui permit d’améliorer la suspension du blindé et d’ajouter une roue de guidage pour les chenilles. La boîte de vitesse originale fut également remplacée par un modèle plus fiable. Ces changements augmentèrent la masse du char de 400 kg. La production de l’Ausf. B commença en août 1935 et se termina au début de l’année 1937. Environ 675 chars de ce type furent construits entre 1935 et 1937, ce qui représente donc un total de 1.500 véhicules pour les deux versions.

Lorsque la guerre d’Espagne éclata en 1936, les Soviétiques décidèrent d’aider les Républicains, notamment en envoyant des chars légers T-26. Les Allemands et les Italiens décidèrent de leur côté de soutenir les Nationalistes, en envoyant respectivement des Panzer I et des chenillettes CV-33 et CV-35 (Carro Veloce 33 / Carro Veloce 35). Dès la fin du mois d’octobre 1936, les premiers matériels parvinrent sur place. Au total, entre octobre 1936 et janvier 1939, les Allemands acheminèrent sur place 122 Panzer I Ausf. B, sous le commandement du lieutenant-colonel Wilhelm Ritter Von Thoma (Wilhelm chevalier Von Thoma). Les blindés combattirent aux côtés des Nationalistes au sein du groupe Imker dès le 30 octobre 1936 et rencontrèrent immédiatement des difficultés face aux automitrailleuses soviétiques BA-10 déployées par les Républicains, car elles étaient armées d’un canon de 45 mm qui leur permettait d’engager leurs adversaires à une distance de 500 m, alors que les mitrailleuses des Panzer I ne pouvaient guère percer un blindage au-delà de 150 m.

Le Panzer I fut amélioré par les nationalistes espagnols pour accroître sa puissance de feu. Ils utilisèrent un excellent canon anti-aérien en dotation dans l’armée italienne depuis 1935, le Cannone-Mitragliera da 20/65 modello 35 fabriqué par Breda. L’arme était à la fois très simple d’utilisation et capable de percer 40 mm de blindage à 250 m de distance, ce qui était largement suffisant pour pénétrer le blindage frontal du char léger soviétique T-26, alors le principal opposant des Panzer I. Les prototypes furent finalisés en septembre 1937 et une commande fut passée quand les résultats furent jugés satisfaisants. L’installation du canon Breda à bord du Panzer I obligeait l’agrandissement de la tourelle avec une extension sur le sommet. La préparation de quatre de ces chars fut réalisée à l’usine d’armement de Séville mais la production de nouvelles unités fut annulée car le nombre de T-26 capturés était jugé suffisant et offrait un équivalent plus qu’acceptable aux Panzer I. En outre, la modification pour supporter le canon de 20 mm n’était pas très appréciée des équipages allemands car l’ouverture réalisée dans la tourelle pour permettre au canonnier de viser sa cible était considérée comme un point faible.

À la fin de l’année 1938, un autre Panzer I fut envoyé à l’usine d’armement de Séville pour recevoir un canon de 45 mm capturé sur un char soviétique. Un dernier blindé y fut enfin envoyé pour être équipé d’un canon antichar soviétique de 37 mm, capturé lui aussi. Vraisemblablement, la guerre civile arrivant à son terme, les modifications nécessaires ne furent en fin de compte pas réalisées.

À l’inverse, quelques exemplaires de Panzer I tombés aux mains des républicains furent rééquipés avec un canon antichar français Hotchkiss de 25mm.

A la suite de cela, les Panzer I participèrent à l’invasion de l’Autriche et de la Tchécoslovaquie, mais le nombre de pannes mécaniques rencontrées, touchant jusqu’à 30% des chars engagés, demeurait un problème préoccupant. Toutefois, bien que l’Allemagne ait commencé à fabriquer des chars de nouvelle génération, les capacités de production restaient très insuffisantes, et en conséquence, les Panzer I furent déployés en grand nombre pour l’invasion de la Pologne à partir du 1er septembre 1939. Sur environ 2.700 chars engagés, 850 étaient des Panzer I, soit environ un tiers. Les Panzer I avaient un blindage très mince et se révélèrent particulièrement vulnérables aux armes antichars polonaises. En outre, de nombreux chars furent immobilisés à cause de problèmes logistiques. Au final, 320 Panzer I furent mis hors de combat, mais comme la campagne fut brève et victorieuse, les Allemands purent récupérer sur le terrain les engins immobilisés et en réparer environ 230. 90 Panzer I furent définitivement perdus. Au 1er janvier 1940, il y avait encore environ 850 Panzer I en dotation dans l’armée allemande. Ceux-ci allait participer aux nouvelles campagnes de la Wehrmacht.

Le Leichttraktor

A la fin de la Première Guerre mondiale, l’Allemagne fut condamnée par le Traité de Versailles à détruire ou à livrer aux vainqueurs tous ses armements lourds existants et également à cesser toute recherche portant sur un quelconque matériel militaire, à l’exception bien entendu de l’équipement des forces de police et d’auto-défense. En ce sens, l’Allemagne fut autorisée par exemple à s’équiper d’auto-mitrailleuses en petit nombre. Les chefs de l’armée allemande étaient bien décidés à contourner autant que possible les limitations du Traité de Versailles, mais comme aucun projet de char ne pouvait être toléré, les études portèrent officiellement sur l’élaboration d’un tracteur agricole. Cela allait permettre le développement de véhicules militaires blindés: des chars et des canons automoteurs.

Cependant, la réalisation de prototypes restait impossible sur le territoire allemand, constamment sous la surveillance des commissions interalliées. Aussi les fabricants allemands installèrent-ils des filiales en pays neutres, la Hongrie et la Suède. Cela permettait aux Allemands de mettre leurs idées en pratique et le résultat des recherches était partagé avec les firmes locales; de plus, les armées hongroises et suédoises achetèrent les quelques prototypes produits. Le plus simple pour les Allemands, à la fois d’un point de vue technique et d’un point de vue financier, était de mettre au point un char léger et rapide qui pouvait être utilisé dans des unités de cavalerie propres à assurer la reconnaissance d’une part, l’exploitation des percées d’autre part. Ce projet fut désigné VK 31.

L’étude de ce nouveau véhicule, bientôt baptisé Leichttraktor, Leichter Traktor ou encore Kleiner Traktor (tracteur léger ou petit tracteur respectivement), fut lancée par la Reichswehr le 28 Mars 1928. Un appel d’offres fut lancé, et le cahier des charges spécifiait un véhicule de combat à chenilles d’un poids de 12 tonnes.  Très rapidement, le poids prévu fut revu et estimé à 7,5 tonnes, avec un blindage de 14 mm à l’avant , un équipage de 4 hommes (chef de char, conducteur, chargeur, radio), et un armement consistant en un canon semi-automatique de 37 mm avec une mitrailleuse co-axiale de 7,92 mm.  Le canon devait être le 3.7 cm Pak L/45 dont Rheinmetall venait de sortir les premiers exemplaires pour l’artillerie tractée. Le char devait aussi avoir une radio pour les communications vocales dans un rayon de 2-3 km et un télégraphe permettant de communiquer en morse jusqu’à 7 km. Il devait être étanche afin de pouvoir passer à gué les cours d’eau et aussi pour pouvoir isoler l’équipage d’une éventuelle attaque chimique. La vitesse devait être de 35 km/h sur route et de 20 km/h en tout-terrain.

Krupp et Rheinmetall (à l’époque pas encore fusionné avec Borsig, ce qui n’interviendra qu’en 1936) répondirent à l’appel d’offres et mirent au point des prototypes très similaires. Les ingénieurs de Rheinmetall se basèrent  sur une suspension à ressorts à lames de tracteur. Chaque côté était doté de 12 roues, protégées par des jupes latérales, avec trois ouvertures pour nettoyer la boue de la suspension. La coque était une combinaison de plaques soudées et rivetées d’acier blindé de 4 à 10 mm d’épaisseur. L’avant abritait la transmission et le moteur Daimler-Benz M36 six cylindres à essence refroidi par liquide, qui pouvait développer 100 CV de puissance. La partie centrale abritait le compartiment du chef de char, le conducteur étant assis sur le côté gauche sous un tourelleau rectangulaire comportant des fentes de vision. L’équipage était donc réduit à deux hommes au lieu de quatre initialement prévus.

Les ingénieurs Krupp n’avaient pas confiance dans les châssis des tracteurs et ont construit leur propre modèle. Le véhicule Krupp était légèrement plus long et plus haut, ce qui permit d’ajouter deux trappes sur le côté pour l’entrée et l’évacuation de l’équipage. Le char Krupp avait 6 petites roues de chaque côté, avec une suspension à ressorts hélicoïdaux. Rheinmetall était responsable de la conception des deux types de tourelles. Quatre prototypes furent construits entre 1929 et 1933 et coûtèrent moins de 50.000 Reichsmarks (soit environ 26.000,00 € de nos jours). Deux prototypes furent construits par Krupp et portèrent les numéros 37 et 38, et deux prototypes furent construits par Rheinmetall avec les numéros 39 et 40.

Les prototypes construits avaient un poids de 9,660 t (Krupp) et 9,880 t (Rheinmetall), une longueur de 4,35 m (Krupp) et 4,21 m (Rheinmetall), une largeur de 2,37 m (Krupp) et 2,26 m (Rheinmetall) et une hauteur de 2,35 m (Krupp) et 2,27 m (Rheinmetall). Les engins, ayant toujours une existence illégale, ne pouvaient être testés en Allemagne même. Cependant, les autorités allemandes avaient développé leur coopération avec l’Union Soviétique à la suite des accords de Rapallo signés en 1922, et les deux nations avaient renforcé leurs liens par un nouveau traité en 1924. En particulier, l’Oberstleutnant aus dem aktiven Dienst Wilhelm Malbrandt (lieutenant-colonel de réserve; âgé d’une cinquantaine d’années, il avait déjà quitté le service actif) avait été envoyé en Union Soviétique en 1926 pour trouver un site propice à l’établissement d’une école de chars et d’un terrain de manœuvre, utilisables conjointement par les deux nations. Malbrandt trouva une caserne d’artillerie désaffectée à Kazan qui convenait parfaitement et un camp fut bientôt installé à cet endroit. Il fut baptisé Kama, un acronyme formé avec les noms Kazan et Malbrandt. Les prototypes furent donc envoyés au camp Kama en 1933 pour être étudiés par une commission technique spéciale créée pour l’occasion et composée conjointement de spécialistes allemands et soviétiques. Les véhicules parcoururent chacun entre 1660 et 1865 km, et il apparut bientôt que, au moins dans les prototypes Rheinmetall, le chef de char et le conducteur se gênaient mutuellement à cause de l’exiguïté de la caisse. En particulier, il était presque impossible d’utiliser la mitrailleuse coaxiale tout en chargeant le canon.

Les spécialistes soviétiques décidèrent que ces véhicules n’étaient pas d’un grand intérêt pour l’Union soviétique. Toutefois, ils étudièrent la suspension, les tourelles (notamment l’installation d’une mitrailleuse coaxiale), ainsi que les radios des chars. Les spécialistes allemands, de leur côté, craignaient qu’une modernisation ne soit pas possible sans augmenter le poids et réduire encore la mobilité déjà insuffisante de ces chars, les rendant définitivement inutilisables.

Entre-temps, en 1932, 289 unités avaient été commandées, mais le projet fut annulé en faveur d’autres développements, tels que le Panzerkampfwagen I. Aucun autre véhicule ne fut produit. La coopération entre l’Union soviétique et l’Allemagne prit fin, KaMa fut fermé et les quatre Leichttraktors furent rapatriés en Allemagne et entreposés à Münster. De 1935 au début de la Seconde Guerre mondiale, ils prirent part aux grandes manœuvres destinées à tester le concept de Panzer-Division au terrain d’entraînement des troupes du camp de Münster (Truppenübungsplatz des Münsterslager). Les Leichttraktors furent ensuite transférés à la toute nouvelle école de tir des blindés de Putlos (Panzerschießschule Putlos), installée près de Oldenburg, entre Kiel et Lübeck dans le Holstein. Ils furent utilisés pour l’entrainement des équipages pendant plusieurs années encore, et furent continuellement modifiés afin d’expérimenter sur le terrain de nouvelles idées dans la conception des futurs chars légers.

Nous n’avons pas d’information portant sur le sort final des quatre prototypes de Leichttraktor qui ont été fabriqués; ils furent probablement ferraillés à la fin de la guerre.