Panzer I – de 1934 à 1939

A la suite du Leichttraktor, les autorités allemandes continuèrent leurs recherches devant conduire à la fabrication d’un char de combat sous le couvert d’un projet appelé Landwirtschaftlicher Schlepper (« Tracteur agricole ») ou La.S. Les Soviétiques, qui avaient acheté une chenillette Carden-Loyd de l’armée britannique, l’étudièrent conjointement avec les Allemands au camp de Kama, puis la leur cédèrent secrètement. Krupp s’en inspira largement et présenta en juillet 1932 un prototype largement similaire, le Landswerk Krupp A ou LKA avec un glacis incliné et une large casemate centrale. Le char était armé de deux mitrailleuses Dreyse MG-13 de7,92 mm (Maschinengewehr 13). Ces mitrailleuses étaient inefficaces même contre les chars les plus légers de l’époque, ce qui limitait dès le départ le Panzer I à un rôle d’entraînement et à des missions contre l’infanterie.

La casemate fixe de la version produite en masse du LKA fut remplacée par une tourelle rotative et sa construction fut confiée à un groupe comprenant les entreprises Henschel, MAN, Krupp, Daimler et Rheinmetall. Cette version entra en service après des tests en 1934. Même si ces chars continuèrent d’être appelés La.S. ou LKA bien après le début de leur production, leur désignation officielle, attribuée en 1938, était Panzerkampfwagen I Ausführung A (« véhicule de combat blindé I modèle A »). Les quinze premiers chars, produits entre février et mars 1934, ne possédaient pas de tourelle rotative et furent utilisés pour former les conducteurs. Le Panzer I avait un blindage limité au mieux à 13 mm, mais en outre, le char présentait plusieurs défauts de conception dont des problèmes de surchauffe du moteur et de suspension qui faisaient tanguer le véhicule à grande vitesse. Le conducteur était positionné à l’intérieur du châssis et utilisait des leviers de direction pour conduire le char tandis que le commandant, situé dans la tourelle, jouait également le rôle de tireur. Les deux hommes pouvaient communiquer avec des tubes acoustiques. Les munitions des mitrailleuses étaient stockées dans cinq casiers sous la forme de magasins de 25 cartouches. Environ 825 chars de ce type furent construits entre 1934 et 1936.

De nombreux problèmes rencontrés sur l’Ausf. A furent corrigés sur l’Ausf. B. Le moteur, auparavant refroidi à l’air, fut remplacé par un Maybach NL 38 TR à six cylindres refroidis à l’eau et développant 98 cv. Ce moteur plus massif imposa l’allongement du châssis de 40 cm, ce qui permit d’améliorer la suspension du blindé et d’ajouter une roue de guidage pour les chenilles. La boîte de vitesse originale fut également remplacée par un modèle plus fiable. Ces changements augmentèrent la masse du char de 400 kg. La production de l’Ausf. B commença en août 1935 et se termina au début de l’année 1937. Environ 675 chars de ce type furent construits entre 1935 et 1937, ce qui représente donc un total de 1.500 véhicules pour les deux versions.

Lorsque la guerre d’Espagne éclata en 1936, les Soviétiques décidèrent d’aider les Républicains, notamment en envoyant des chars légers T-26. Les Allemands et les Italiens décidèrent de leur côté de soutenir les Nationalistes, en envoyant respectivement des Panzer I et des chenillettes CV-33 et CV-35 (Carro Veloce 33 / Carro Veloce 35). Dès la fin du mois d’octobre 1936, les premiers matériels parvinrent sur place. Au total, entre octobre 1936 et janvier 1939, les Allemands acheminèrent sur place 122 Panzer I Ausf. B, sous le commandement du lieutenant-colonel Wilhelm Ritter Von Thoma (Wilhelm chevalier Von Thoma). Les blindés combattirent aux côtés des Nationalistes au sein du groupe Imker dès le 30 octobre 1936 et rencontrèrent immédiatement des difficultés face aux automitrailleuses soviétiques BA-10 déployées par les Républicains, car elles étaient armées d’un canon de 45 mm qui leur permettait d’engager leurs adversaires à une distance de 500 m, alors que les mitrailleuses des Panzer I ne pouvaient guère percer un blindage au-delà de 150 m.

Le Panzer I fut amélioré par les nationalistes espagnols pour accroître sa puissance de feu. Ils utilisèrent un excellent canon anti-aérien en dotation dans l’armée italienne depuis 1935, le Cannone-Mitragliera da 20/65 modello 35 fabriqué par Breda. L’arme était à la fois très simple d’utilisation et capable de percer 40 mm de blindage à 250 m de distance, ce qui était largement suffisant pour pénétrer le blindage frontal du char léger soviétique T-26, alors le principal opposant des Panzer I. Les prototypes furent finalisés en septembre 1937 et une commande fut passée quand les résultats furent jugés satisfaisants. L’installation du canon Breda à bord du Panzer I obligeait l’agrandissement de la tourelle avec une extension sur le sommet. La préparation de quatre de ces chars fut réalisée à l’usine d’armement de Séville mais la production de nouvelles unités fut annulée car le nombre de T-26 capturés était jugé suffisant et offrait un équivalent plus qu’acceptable aux Panzer I. En outre, la modification pour supporter le canon de 20 mm n’était pas très appréciée des équipages allemands car l’ouverture réalisée dans la tourelle pour permettre au canonnier de viser sa cible était considérée comme un point faible.

À la fin de l’année 1938, un autre Panzer I fut envoyé à l’usine d’armement de Séville pour recevoir un canon de 45 mm capturé sur un char soviétique. Un dernier blindé y fut enfin envoyé pour être équipé d’un canon antichar soviétique de 37 mm, capturé lui aussi. Vraisemblablement, la guerre civile arrivant à son terme, les modifications nécessaires ne furent en fin de compte pas réalisées.

À l’inverse, quelques exemplaires de Panzer I tombés aux mains des républicains furent rééquipés avec un canon antichar français Hotchkiss de 25mm.

A la suite de cela, les Panzer I participèrent à l’invasion de l’Autriche et de la Tchécoslovaquie, mais le nombre de pannes mécaniques rencontrées, touchant jusqu’à 30% des chars engagés, demeurait un problème préoccupant. Toutefois, bien que l’Allemagne ait commencé à fabriquer des chars de nouvelle génération, les capacités de production restaient très insuffisantes, et en conséquence, les Panzer I furent déployés en grand nombre pour l’invasion de la Pologne à partir du 1er septembre 1939. Sur environ 2.700 chars engagés, 850 étaient des Panzer I, soit environ un tiers. Les Panzer I avaient un blindage très mince et se révélèrent particulièrement vulnérables aux armes antichars polonaises. En outre, de nombreux chars furent immobilisés à cause de problèmes logistiques. Au final, 320 Panzer I furent mis hors de combat, mais comme la campagne fut brève et victorieuse, les Allemands purent récupérer sur le terrain les engins immobilisés et en réparer environ 230. 90 Panzer I furent définitivement perdus. Au 1er janvier 1940, il y avait encore environ 850 Panzer I en dotation dans l’armée allemande. Ceux-ci allait participer aux nouvelles campagnes de la Wehrmacht.

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