Pz.Kpfw. 35(t)

Après la Première Guerre Mondiale, le nouvel Etat tchécoslovaque maintint une industrie de l’armement forte et dynamique, incluant la capacité de produire des chars légers et moyens. L’armée commanda notamment un premier char léger en 1934. Deux prototypes du nouveau char produit par Škoda, provisoirement nommé S-II-a, furent livrés en 1935. Toutefois, Škoda avait voulu réaliser un char moderne avec des techniques d’avant-garde; les nouveaux procédés n’étant pas éprouvés, les prototypes furent conçus avec trop de hâte. Victimes de nombreux dysfonctionnements, ils ne furent mis au point qu’après une longue série de modifications. La présérie entra donc en service progressivement, puis le char fut construit en grande série en 1936, devenant l’année suivante le char principal de l’armée tchécoslovaque. A cette époque, le char était similaire à ses homologues européens: le 7TP polonais, le Vickers 6-ton britannique, le M11/39 et le M13/40 italiens et les premières séries de Pz.Kpfw. III fabriquées par l’Allemagne. En 1938, le LT vz. 35 équipait quatre divisions rapides de l’armée tchécoslovaques.

Le char avait une réputation d’engin peu fiable qui lui collait encore à la peau à cause de sa conception trop rapide, mais en réalité les problèmes rencontrés au début avaient été résolus et le LT vz. 35 était un bon char. En outre, il n’était pas très cher à produire et coûtait environ 745.000 couronnes; lorsque les Allemands installèrent leur protectorat en Bohême-Moravie, ils adoptèrent un taux de 10:1 pour convertir les couronnes en Reichsmark. Bien sûr, ce taux était honteusement favorable aux Allemands, mais on peut considérer faute de mieux, que le LT vz. 35 valait 74.500 Reichsmark, à comparer au prix de son homologue, le Panzer III (96.000 Reichsmark).

Malgré la décision initiale prise par les autorités tchécoslovaques d’arrêter la production du LT vz. 35 en 1938, celle-ci fut poursuivie encore un an. La fabrication était répartie entre les usines Škoda de Pilsen (350 exemplaires) et les usines Ceskomoravska Kolben Danek (CKD) à Prague (84 exemplaires). Le LT vz. 35 fut donc produit à 434 exemplaires de 1935 à 1939, dont 298 pour l’armée tchécoslovaque et 126 pour l’armée roumaine, sous l’appellation Škoda R-2. La Roumanie passa sa commande le 14 août 1936, et les 15 premiers exemplaires furent reçus en avril-mai 1937, mais ils avaient été livrés en priorité et en conséquence faisaient partie de la présérie défectueuse. Ils furent retournés en Tchécoslovaquie pour être revus, mais comme en plus des nombreuses modifications nécessaires, les autorités roumaines interféraient de manière incessante avec leurs propres demandes, souvent contradictoires, le programme prit beaucoup de retard. Enfin, un exemplaire revu entièrement fut contrôlé par une commission roumaine et approuvé le 23 août 1938. La commande définitive fut livrée entre le 1er septembre 1938 et le 22 février 1939.

L’Afghanistan en commanda également dix en 1938, mais l’invasion de la Bohême-Moravie par les troupes allemandes le 15 mars 1939 eut pour conséquence la confiscation de tous les chars existants. 219 exemplaires du LT vz. 35 furent incorporés dans la Heer, les 79 exemplaires restant étant récupérés par le nouvel état slovaque contrôlé par l’Allemagne. Les 10 engins destinés à l’Afghanistan furent finalement envoyés en Bulgarie par l’occupant allemand, et prirent le nom de T-11. La production fut poursuivie quelques mois sous supervision allemande, et les usines Škoda et CKD furent incorporées au conglomérat des Hermann Goering Reichswerke.

Les 79 exemplaires fournis à la Slovaquie formèrent la 3ème division rapide de l’armée slovaque, qui fut plus tard engagée sur le front de l’est aux côtés de l’armée allemande. En Allemagne, les LT vz. 35 furent d’abord employés, à partir du 5 juin 1939, par la cavalerie sous le nom de LTM 35. Ils furent versés à la 1. Leichte Division. Par la suite, la 1. Leichte Division rejoignit l’arme blindée et devint la 6. Panzer-Division. Le 16 janvier 1940, les LTM 35 furent affectés à la Panzertruppe (l’arme blindée) sous la nouvelle désignation Panzerkampfwagen 35(t). La lettre t était l’initiale de tschechisch, c’est-à-dire tchèque en allemand. Ils furent équipés de deux radios, une radio FuG 5 de 10 watts de puissance en émission et en réception, et une radio FuG 2 en réception. Les Allemands rajoutèrent également un quatrième membre d’équipage en tant que chargeur, ce qui permettait d’améliorer la cadence de tir du canon. Au final, le Pz.Kpfw. 35(t) se révéla être un complément appréciable pour l’armé blindée allemande.

Les chars servirent en Pologne en 1939 et en France en 1940. Mais à partir de 1940, face au manque de pièces détachées disponibles, il fut décidé que la campagne de l’été 1941 serait leur dernière. De plus, les Panzer 35(t) se révélèrent totalement inadéquats en raison de la faiblesse de leur blindage et de leur armement face aux chars soviétiques. Au 31 novembre 1941, plus un seul n’était opérationnel, mais une trentaine étaient encore réparables, en cannibalisant les exemplaires irréparables pour les pièces détachées. Toutefois, les réparer ne servait pas à grand-chose, car ils étaient de toute façon bien incapables d’affronter les rigueurs de l’hiver russe. En conclusion, la 6. Panzer-Division fut entièrement ré-équipée en avril 1942 avec de nouveaux modèles de chars et les 26 Pz.Kpfw. 35(t) qui purent être remis en état furent vendus à la Roumanie. Sur les exemplaires irréparables, les caisses pouvaient encore être récupérées. On retira les tourelles et les mitrailleuses de caisse; les châssis furent ensuite transformés en véhicules de transport d’obus sous la désignation Artillerie Schlepper 35(t). D’autres châssis furent utilisés pour tracter des pièces d’artillerie sous la désignation Mörserzugmittel 35(t), avec une capacité de tractage de 12 tonnes.

Les chars R-2 livrés à la Roumanie en 1938 et 1939 entrèrent en service au sein de la 1ère division blindée roumaine. En conséquence, ils participèrent à l’invasion de l’Union Soviétique à partir du 2 juillet 1941, pour la reconquête de la Bessarabie et de la Bukovine d’abord, puis pour la prise d’Odessa. La 1ère division blindée fut retirée du front à la mi-octobre 1941, et réengagée seulement le 29 août 1942 pour la bataille de Stalingrad. A cette époque, elle possédait encore la plupart de ses chars. Cela n’allait pas durer. Lors de la contre-offensive soviétique menée à partir du 19 novembre 1942, elle réussit à échapper à l’encerclement, mais au prix de 77 chars irrémédiablement perdus. Un tiers d’entre eux a été détruit en combat, mais surtout une cinquantaine de chars est tombée en panne et a due être abandonnée. A la fin de la bataille de Stalingrad en février 1943, la division fut rapatriée; en 1943 et 1944, 63 chars R-2 restaient en service. Certains furent utilisés par les Roumains pour l’entraînement, d’autres participèrent aux combats contre les Allemands après l’armistice signé par la Roumanie avec l’Union Soviétique le 12 septembre 1944. Aucun ne semble-t-il n’a survécu à la guerre, les derniers ayant été détruits le 10 avril 1945 en Autriche.

Le char servit également en Slovaquie jusqu’en 1942; 21 exemplaires furent transformés par l’armée roumaine en chasseurs de chars TACAM R-2 avec un canon de 76,2 mm. La Bulgarie, en plus des 10 chars originellement destinés à l’Afghanistan et équipés de meilleurs canons Škoda A-7 livrés en 1939, reçut 26 de ces chars en 1940. Ils y restèrent en dotation jusque dans les années 50, servant à l’entraînement des équipages.

Le LT vz. 35 avait un blindage riveté. Il était armé d’un canon Škoda vz. 34 de 37,2 mm manié par le chef de char, et de deux mitrailleuses de 7,92 mm, une coaxiale et une sur la caisse. Le moteur se situait à l’arrière du char, avec la transmission à six vitesses; les roues arrière étaient motrices. Le tank était porté par huit roues sur quatre essieux, avec une roue libre à l’avant. Détail original, la transmission et la direction étaient assistées par air comprimé, ce qui facilitait la conduite. Cependant, ce mécanisme posa des problèmes quand les Pz.Kpfw. 35(t) furent déployés dans le froid extrême du front russe.

Équipage 4
Longueur 4,90 m
Largeur 2,16 m
Hauteur 2,21 m
Masse au combat 10,5 tonnes
Blindage 12 à 25 mm
Armement principal Canon Skoda vz 34 de 37,2 mm (72 coups)
Armement secondaire 2 mitrailleuses ZB 35 ou 37 (1 800 coups)
Moteur Moteur à essence Skoda EPA à six cylindres à refroidissement par eau
Puissance 120 ch (89 kW)
Suspension Ressort à lames
Vitesse sur route 40 km/h sur route
Puissance massique 11,43 ch/tonne
Autonomie 193 km

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